Du point de vue étymologique, le mot vient de l’italien arcipelago, issu du grec ancien Αἰγαίων πέλαγος, Aigaíôn pélagos signifiant « mer Égée ». Cette mer, capitale pour l’organisation du monde de la Grèce antique, était si remarquablement parsemée d’îles que son nom est devenu le nom commun “archipel”, porteur du sens géographique qu’on lui connaît aujourd’hui. Sans Egée, si Pelagos représente l’Océan, retenons l’invitation à voir l’Archipel d’abord comme une grande étendue de Mer, un même Océan dans lequel baignent toutes les îles.

L’archipel, comme mer parsemée d’îles, est en haute mer, qui entoure chacune de ses composantes.

A travers cette image, nous pouvons lire, plus qu’un clin d’oeil, un appel à la prise de conscience de l’importance de l’eau dans notre vie. Nos organismes sont constitués d’eau à plus de 80%, tandis que 70% de la surface de la terre est occupée par les mers et océans. Plus qu’essentiel, ce bien commun est donc vital.

Le mot “continent” impose une connotation massive et un besoin de centre, et lorsqu’on le cartographie, il donne aux territoires périphériques un statut secondaire. Il fait référence à des croyances, des usages, soulève divers sentiments d’appartenance. Il différencie un intérieur d’un extérieur à lui-même.

Il y a les continents et il y a les îles, qui, lorsqu’elles sont multiples et s’étendent sur de vastes espaces, deviennent des archipels, et non des continents. La représentation continentale du monde marginalise les non-continentaux.
Dans cette unification, on oublie la mer, les océans, comme si l’eau n’avait pas de mémoire, ni de culture. Pourtant admettre l’importance géographique et culturelle des mers mène à penser nos frontières autrement : l’océan est un lieu, un passage, une transition, qui porte une vision, il mène à la rencontre et prépare à l’inattendu.Le mode continental aspire à fixer nos identités racine, le mode archipélique à développer nos identités relation. La vision archipélique aborde la diversité de nos monde, et les invite à la rencontre, à la « créolisation ».

Devant la désillusion assez générale provoquée par l’état de notre monde, pourquoi ne pas prêter une oreille attentive à cette proposition de changement de point de vue, afin de sortir du cadre ?

Nous avons jusqu’à présent privilégié une inscription continentale qui favorise la notion de dur, de terre, de repli derrière des frontières. Nous proposons maintenant de penser à partir de représentations plus fluides, celles des archipels, baignés par l’eau ce liquide merveilleux, aux propriétés encore mal connues. Envisageons-nous, avec l’ensemble de nos organisations, comme des îles voisines et proches de leurs sœurs mais irréductibles dans leurs singularités et leur irremplaçabilité !Ce faisant, on peut sentir sur un plan symbolique – et peut-être spirituel – que le changement de point de vue qui nous fait placer au coeur de l’élément liquide désigné par presque toutes les traditions comme source de vie, moyen de purification et de régénération, nous emmène vers la conception d’une relation aux autres différente.
Notre monde a soif de sens :
« Une civilisation technicienne et industrielle, par les manques et les pollutions qu’elle suscite, peut aviver le besoin, l’angoisse et l’appétit de signes qui parlent »
(dictionnaire des symboles par Chevalier et Gheerbrant p.382).


Compte-rendus du travail du Mardi 14 février 2017 après-midi

Nous vivons là une de ces périodes incertaines de l’Histoire que nous ne voulons pas regarder demain avec une immense colère et d’infinis regrets en disant : C’était encore possible et nous n’avons rien fait ? Réagissons, résistons et créons. Face aux régressions sociale, écologique et démocratique, l’inaction et le laisser-faire ne sont plus une option. Conscientes de ces périls et inspirées par de multiples appels*, 50 organisations de la société civile se sont rassemblées à Villarceaux les 13 et 14 février 2017. Ensemble, dépassant le risque de la dispersion au terme d’un processus participatif, elles ont élaboré 25 mesures qui s’inscrivent avec résolution dans les enjeux du long terme. Ces actions prioritaires permettront, par un renouveau démocratique, l’avènement d’une société moins inégalitaire, plus solidaire et plus conviviale.

« Le pire n’est pas exclu, mais le meilleur reste possible », nous rappelle Edgar Morin.
Construisons ensemble des jours heureux.

Dès 2017.

  • *L’Appel des Résistants aux jeunes générations lancé en 2004, le livre et les propositions du mouvement # LesJoursHeureux, le Manifeste des Convivialistes, l’appel d’Edgar Morin Changeons de Voie – Changeons de Vie, On continue ! d’Emmaüs, Le Chant des Colibris – L’appel du monde de demain du mouvement Colibris, Stop pauvreté d’ATD Quart Monde, l’appel de 15 mouvements sociaux intitulé Nos droits contre leurs privilèges, etc.

25 MESURES PRIORITAIRES VERS UNE TRANSITION ECOLOGIQUE, SOCIALE ET DEMOCRATIQUE

DEMOCRATIE et GOUVERNANCE

  1. Démocratie au niveau national
    Une nouvelle Constitution pour la France sera rédigée selon un processus de type « conférence de citoyens », puis soumise à référendum.
  2. Démocratie au niveau local
    Renforcer le droit d’interpellation des citoyens par la création d’un fonds pour une démocratie d’initiative citoyenne doté d’au moins 5 % du montant total de l’argent public actuellement consacré chaque année au fonctionnement de la démocratie représentative.
  3. Démocratie au niveau européen
    La France proposera l’élaboration participative d’un nouveau traité constitutionnel européen au service d’une Europe promouvant une société juste et soutenable.
  4. Echanges internationaux
    La France retirera immédiatement à l’Union européenne son mandat l’autorisant à négocier les traités dits de libre-échange (TAFTA, CETA, APE, etc.), et elle refusera de signer des accords qui ne seraient pas fondés sur les principes d’un commerce équitable et du mieux-disant social et environnemental.
  5. Gouvernance des banques
    Une gouvernance démocratique des banques sera instaurée afin de lutter contre la spéculation, la fraude et l’évasion fiscales, et pour reprendre le contrôle de la dette.

SOLIDARITE et PARTAGE

  1. Lutte contre la pauvreté
    Une allocation inconditionnelle d’autonomie, d’un montant au moins égal à celui du RSA socle, sera versée à chaque jeune de 18 à 25 ans, et une réforme en profondeur de la politique des minima sociaux sera engagée pour aboutir à la mise en œuvre d’un revenu minimal garanti.
  2. Droit au logement
    Une loi d’urgence pour le droit de chaque personne à un logement sain et décent instaurera l’arrêt des expulsions sans relogement, le respect du droit au logement opposable, le plafonnement des loyers, la lutte contre la spéculation foncière et la possibilité de réquisitionner des logements vacants.
  3. Réduction des inégalités de revenus
    Dans les entreprises, aucune rémunération globale ne pourra être supérieure à 20 fois la rémunération la plus basse.
  4. Partage du travail
    Une loi permettra à toute entreprise volontaire d’embaucher sans surcoût, en réduisant le temps de travail par salarié.e, et une généralisation négociée de la mesure sera proposée par référendum national.
  5. Migrations
    Les conventions internationales de protection des migrant.e.s et d’accueil des réfugié.e.s, y compris des déplacé.e.s climatiques, seront respectées et renforcées.

RESSOURCES et MODES DE VIE

  1. Ressources naturelles et communs
    Une grande loi foncière enrayera l’accaparement et l’artificialisation des terres ainsi que la privatisation de la gestion de l’eau.
  2. Alimentation, agriculture et pêche
    La France proposera une réforme de la Politique agricole commune (PAC) favorisant le développement de l’agroécologie paysanne et le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes.
  3. Santé et Sécurité sociale
    Le financement de la Sécurité sociale sera élargi aux revenus du capital et du patrimoine, ainsi qu’à la totalité de la valeur ajoutée des entreprises, en modulant selon leur responsabilité sociale et environnementale.
  4. Transition écologique et énergétique
    La France sortira totalement des énergies fossiles et du nucléaire avant 2050 par des actions de sobriété dans nos modes de vie, d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables (scénario négaWatt).
  5. Nouveaux indicateurs de richesse
    Au niveau national et local, des indicateurs sociétaux et environnementaux seront choisis selon des processus participatifs pour décider et évaluer toute politique ou tout projet d’aménagement du territoire et d’urbanisme, dans le prolongement de la loi sur les nouveaux indicateurs de richesse.

CULTURE et EDUCATION

  1. Culture
    La culture, dans sa diversité, sera reconnue comme quatrième pilier du développement durable, et 2 % du budget de l’Etat lui seront consacrés.
  2. Egalité femme-homme
    Dès l’école maternelle, l’éducation à l’égalité femme-homme sera partie intégrante des programmes scolaires, et chaque professionnel.le intervenant dans le champ éducatif recevra à cette fin une formation à l’égalité filles-garçons et à la déconstruction des stéréotypes.
  3. Education
    Un plan de refonte du système éducatif, mis en place dès la maternelle, sera basé sur les pédagogies fondées sur la coopération, l’autonomie et la bienveillance, intégrant une éducation à la vie et à la citoyenneté, et les effectifs des classes seront réduits.
  4. Recherche
    La recherche publique recevra les moyens nécessaires pour servir l’intérêt général, les priorités étant définies sous le contrôle de comités d’éthique incluant une participation effective des citoyen.ne.s.
  5. Médias
    La transparence, l’indépendance et la liberté d’informer des journalistes sera assurée, leur protection et celle de leurs sources et des lanceurs d’alerte sera garantie et le développement de médias citoyens encouragé par une fiscalité spécifique.

JUSTICE et SECURITE

  1. Lutte contre les discriminations
    La lutte contre toutes formes de discrimination sera renforcée : extension des actions de groupe aux discriminations comparables (pas seulement similaires), délais de prescriptions portés à cinq ans et majoration des peines et amendes.
  2. Justice pénale
    La politique du « tout-prison » sera remplacée par une justice de proximité « restauratrice » : amélioration des conditions de détention et réhabilitation favorisée par un parcours carcéral adapté à la gravité du délit ou du crime.
  3. Lutte contre la corruption
    Les biens acquis par la criminalité organisée, la corruption, les détournements de fonds et les abus de biens sociaux seront confisqués pour les transformer en biens publics mutualisés, en s’inspirant d’initiatives italiennes.
  4. Pénalisation de l’écocide
    La France instaurera le crime d’écocide dans son code pénal et défendra la création d’un tribunal international des Droits de la Nature, qui statuera sur toutes les violations environnementales : changements climatiques, organismes génétiquement modifiés (OGM), brevetage du vivant, surexploitation industrielle de la nature (extractivisme), nanotechnologies, etc.
  5. Désarmement nucléaire
    La France participera à l’Organisation des Nations unies (ONU) aux travaux de rédaction du traité d’interdiction des armements nucléaires dont le principe a été adopté le 23 décembre 2016 à l’Assemblée générale de l’ONU.

Un archipel se compose d’îles ayant elles-mêmes des choses en commun. On pourrait dès lors imaginer que l’archipel lui-même soit un commun, au sens du droit, mais rien ne l’impose.
Par contre, dès lors que se crée un projet, une pirogue, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’archipel, avec d’autres îles ou d’autres archipels, alors se constitue un commun, dans le sens où l’on y trouvera :

  • un bien commun, matériel ou immatériel, soit le projet ou son objet.
  • une communauté d’usage, formée de représentants des îles embarquées.
  • une gouvernance, établie et assurée par les passagers de la pirogue, qui assureront ainsi la pérennité du projet, et fixeront les exigences communes et le niveau d’engagement requis.

Un archipel n’est donc pas un commun, mais permet d’en créer, en son sein ou avec d’autres membres de l’archipel global.

Ce type d’organisation est adaptée à des entités (des îles) de formes, d’objectifs et de statuts juridiques très divers : associations et ONG, partis politiques, entités économiques, etc.L’essentiel est, comme la nature nous en donne de remarquables exemples, que cette diversité induit coopération, associativité et symbiose, toutes formes alternatives à la prédominance de la concurrence.

Rappelons d’abord que l’archipel est basé sur le “bien-vivre” et sur la constante attention aux liens entre les trois transformations TP-TC-TS. Mais ces valeurs vont “s’incarner” dans les actions menées au sein de l’archipel, si on les garde bien en tête et en coeur, si on les porte comme “un regard derrière le regard”.

Lancer une pirogue à plusieurs pour creuser un sujet, en rechercher toutes les facettes, y compris les moins consensuelles, construire les désaccords, dégager un point de vue commun par consentement, dégager ainsi une orientation pour le temps présent (modifiable si les circonstances le demandent), voilà toute une série d’actions qui demande de s’appuyer sur les valeurs du bien-vivre en même temps qu’elle les nourrit et les actualise aux trois niveaux de transformation. De plus, cette identité-relation, ainsi amplifiée pour une ou plusieurs îles peut accroître la transmission des mêmes valeurs vers celles-ci et faire ainsi, en retour, évoluer leur identité-racine.

Ni l’un, ni l’autre ! Elle vise au contraire à rompre avec les empilements de strates de gouvernance afin d’éviter une double illusion :

  • l’illusion de la descente de haut en bas des décisions prises par un “sommet”, fusse-t-il composés de personnes démocratiquement élues.
  • l’illusion réciproque de la remontée du bas vers le haut des décisions “issues de la base”.

Ces deux conceptions, descendante et ascendante, ne sont plus adaptées à la complexité et aux enjeux de notre siècle.

Une organisation en archipel est plutôt analogue à une organisation rhizomique, où tout élément peut influencer un élément de sa structure, peu importe sa position ou le moment, et ce de manière réciproque.

Le centre doit être vide de “désir de captation de pouvoir” exercé par un de ses membres sur les autres. Mais, comme dans le cas du vide de la physique quantique, le centre est plein d’informations et d’énergie :

  • les informations élaborées par les uns, partagées et mises en mémoire le mieux possible par tous.
  • l’énergie mise en oeuvre par les tisserands et les compagnons de l’archipel, en particulier, les membres du voilier-atelier qui assurent sa continuité dans le temps.


Si on se réfère à la théorie du rhizome, non en tant que doctrine, mais en tant que représentation d’une dynamique inspirante, notons que, coupant court à toute idée de hiérarchie, le rhizome n’a pas de centre.  En extrapolant à la métaphore de l’Archipel, nous pouvons imaginer un centre vide, qui, comme le panier vide au départ de toute aventure, se remplira au fur et à mesure des expérimentations et apports en connaissance faits ensemble.Comme le constate Patrick Viveret, “un centre est vide de pouvoir sur, mais rempli du pouvoir créatif de …” , il est un panier vide, qui, comme une page blanche, peut faire peur ou simplement éveiller.

De toutes parts et depuis plusieurs années, une plainte s’exprimait dans le milieu des alternatifs ; nos expérimentations sont innombrables, beaucoup sont viables, voire exemplaires, mais nous n’arrivons pas à nous relier autrement que dans des mobilisations passagères, voire des actions communes limitées. Il nous faut trouver des modes nouveaux d’articulation entre nous, sur des valeurs communes ou proches, donnant à nos actions une synergie et une visibilité plus forte, capables de faire bouger le système médiatique et politique dominant, tout en nous permettant de développer des  réalisations. Une articulation peu énergivore, apprenante et stimulante. 

Les dangers environnementaux, sociaux, économiques, identitaires de notre temps accentuant les besoins de changement à tous niveaux, et le développement de notre capacité de résilience et d’invention du monde de demain, l’émergence d’un “outil conceptuel” issu de l’oeuvre d’un grand poète venait à point nommé.

Penser notre société, du local au global, où des “îles” en recherche de reconnaissance mutuelle se relieraient pour construire un avenir respirable était le bon chemin. 

Il restait à l’emprunter…

1 : Pour reprendre Victor Hugo : “Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c’est une idée dont l’heure est venue.”

Géographiquement, un archipel est un ensemble d’îles, souvent très diverses, mais toutes situées dans une zone spatiale, climatique et économique similaire.

Par analogie, on nommera “archipel” un ensemble d’organisations, souvent très diverses, mais ayant toutes la volonté de développer une raison d’être commune.


La notion de buen vivir, reformulée ces dernières années par des auteurs boliviens et équatoriens, exprime des règles de vie simple en société dont pourraient s’inspirer les acteurs de tous pays qui souhaitent accéder à un mode de vie compatible avec la continuation de la vie humaine sur terre.
Les éléments principaux en sont la frugalité, la convivialité, le soin, l’ouverture au “plus grand que soi”.
Des principes de philosophie politique du buen vivir ont été aussi proposés par Pablo Solon, auteur et homme politique bolivien :

a) Appréhender le « tout », le cosmos en devenir permanent
b) Vivre les multiples polarités
c) Rechercher l’équilibre entre éléments opposés.
d) Reconnaître la différence et l’accueillir
e) Supprimer toute trace de colonisation, passée et présente
f) Surmonter l’étatisme
g) Renforcer le local et la communauté
h) Considérer la nature comme un être, avec des droits
i) Se nourrir de la diversité culturelle
j) Sortir du patriarcat
k) Concevoir une vraie démocratie
l) Construire un mouvement civil mondial

 Voir « Alternativas sistemicas » 2017, en espagnol

En 2016 se sont croisées deux dynamiques citoyennes.
Une association « # LesJoursHeureux » s’était donné une mission éditoriale ambitieuse : demander à une centaine d’auteurs d’écrire avec une grande liberté leur proposition en vue de l’élection présidentielle de 2017. Il en a résulté un petit livre recensant 120 actions : « Et nous vivrons des jours heureux » 100 auteurs, 120 actions pour résister et créer Eds Actes Sud .
L’idée était bien de reprendre l’idée d’un CNR pour notre temps, certes très différent de celui de 1944, mais porteur d’enjeux très lourds. La personne référente de ce travail fut Thierry Salomon, appuyé par une belle équipes de jeunes engagés pour la plupart dans des actions de politiques de santé.

Une dynamique de mise en commun des énergies citoyennes courrait depuis octobre 2013. D’abord intitulée « Etats généraux du Pouvoir citoyen », puis « Pouvoir citoyen en marche« , la volonté était celle qui bien de consolider les liens entre associations et mouvements citoyens. Avec une image symbolique choisie à l’époque, celle d’une mosaïque d’organisations et surtout avec deux perspectives très fortes qui vont aller en se précisant :
a) n’attendons pas que le futur arrive, pratiquons dès maintenant entre nous les chemins de la transition économique, sociale, et écologique;
b) il n’y aura pas de changement de société significatif si on ne s’interroge pas sur la transformation personnelle des individus et des collectifs, autrement dit un appel à expérimenter le « bien vivre en acte » dans toutes ses dimensions.

La personne référente était Patrick Viveret, par ailleurs un des auteurs du livre des jours heureux.
Un événement très symbolique eut lieu à Montpellier en Février 2017 : la projection du film de Gilles Perret « Les jours heureux » suivi d’un débat avec Thierry Salomon et Patrick Viveret.

Quand l’utopie des Résistants devint réalité…
Entre mai 1943 et mars 1944, sur le territoire français encore occupé, seize hommes appartenant à tous les partis politiques, tous les syndicats et tous les mouvements de résistance vont changer durablement le visage de la France. Ils vont rédiger le programme du Conseil National de la Résistance intitulé magnifiquement : « Les jours heureux ».



Reprenons quelques données sur chacune de ces deux dynamiques dont le croisement va donner lieu tout d’abord à la préparation de la campagne présidentielle puis à l’année 2018 d’expérimentation, à travers plusieurs rencontres importantes, à Die, puis à la ferme de Villarceaux.

Le “Centre” représente l’endroit du Cercle où se constituent les éléments et valeurs communes à ses participants.
Il est dit “vide” si le Cercle initial n’y pose aucune valeur, aucun élément avant de commencer à travailler. Il pourra être rempli par la suite au fur et à mesure que seront constatées des valeurs communes.

Le fonctionnement en cercle autour d’un centre permet :1) de proposer une alternative au mode de gouvernance pyramidal classique,
2) de favoriser des processus démocratiques où l’initiative et le pouvoir se distribuent de manière équitable,
3) de favoriser la coopération et la collaboration plutôt que la compétition,
4) de favoriser l’écoute, le dialogue et la créativité,
5) de “parler à l’énergie du centre”, sous-entendu du groupe, pour éviter le ping-pong vocal
6) de co-construire des décisions et des projets grâce à l’intelligence collective.

En général, dans la collaboration, les personnes vont se mettre ensemble pour atteindre un but, éventuellement selon une méthode définie par une autorité, interne ou externe au groupe.

On est dans la coopération dès qu’une liberté est donnée – ou revendiquée – dans la définition de l’objectif ou de la méthode pour l’atteindre.

Selon la définition établie par Elinor Ostrom, ce qu’on entend par un “Commun”, est un faisceau de droits constitué autour d’une ressource commune (donc un bien commun), d’une communauté d’usage déterminée, dont les membres décident et gèrent eux-même la gouvernance, dans le but d’assurer la pérennité de la ressource.

Cette notion, qui ne dispose pour le moment d’aucun cadre législatif officiel, s’intercale entre propriété privée et service public, en les nuançant.
Il ne faut pas confondre le “Commun” qui est une notion de droit bien définie avec :

  • “un bien commun”, une ressource dont l’accès peut être équitablement partagé entre les membres d’une communauté ayant un intérêt commun à son existence,
  • et “le bien commun” (l’intérêt général), une vision politique ou morale assez mal définie, censée constituer le fondement de toute organisation sociale ou politique en tant que communauté.


Un compagnon, dans la langue d’usage, c’est “celui qui vit habituellement avec quelqu’un”. Plus généralement il désigne des personnes qui partagent une même activité, un même intérêt, un même idéal. Très concrètement, on peut rapprocher l’idée de compadre, « qui partagent le pain ».
On voit dans le compagnonnage un moyen unique de transmettre des savoirs et savoir-faire.
Dans l’imagerie archipélique, un compagnon de l’Archipel accompagne les identités-relation des îles dans leur développement, et, même s’il participe à des îles ou à des archipels, il n’est mandaté par aucune en particulier. Il situe son “appartenance” à l’Océan. Il a une vocation de “butineur-relieur”.

Le consensus caractérise l’existence parmi les membres d’un groupe d’un accord général (tacite ou manifeste), positif et unanime pouvant permettre de prendre une décision ou d’agir ensemble sans vote préalable ou délibération particulière.

Bien qu’à l’origine le consensus désigne un accord positif et unanime (donc tendant à l’unanimité), l’usage récent a consacré un sens un peu différent, le consensus entérinant la reconnaissance qu’une opinion ou un sentiment est largement partagé :

– soit parce qu’une forte majorité penche en faveur d’une position donnée, et qu’un vote majoritaire ne s’impose pas,

– soit parce que cette reconnaissance repose sur le constat de l’absence d’une opposition réelle ou sérieuse.

Le consentement est l’obtention d’un accord de tous, non par accord positif de chacun (c’est-à-dire par unanimité ou par consensus) mais par acceptation de ne pas s’opposer à l’issue d’un processus d’examen des objections valides éventuelles.

En résumé, on peut dire qu’“il y a consensus si tout le monde dit ‘oui’, consentement si personne ne dit ‘non’”.

Le consentement évite ainsi de tomber dans le schéma binaire du pour ou du contre, qui aiguise les hostilités. En outre, le consentement évite de dégrader la qualité de l’accord final en autorisant les personnes en présence à exprimer une certaine neutralité sur le sujet, n’étant plus obligés de se positionner uniquement dans un sens ou bien dans son opposé.

L’Université du Nous propose les définitions suivantes :

“Là où, pour agir, le consensus exige que tous les participants à une décision soient [amenés à être unanimes], le consentement se contente du fait qu’aucun membre n’y oppose d’objection raisonnable. Une objection est jugée raisonnable si elle bonifie la proposition à l’étude ou l’élimine complètement. L’objection n’est plus synonyme d’obstruction mais d’identification de limites, de tolérances qui deviennent les conditions de réalisation de la proposition. Le processus permet de faciliter l’identification de ces conditions et la mise en pratique des décisions.”

Le concept de “créolisation” vient du principe que chaque individu, organisation n’est pas inexorablement fixé dans une identité propre et inébranlable. 
“Nous ne sommes que rencontre”, chacune nous détermine sans que nous puissions en imaginer les conséquences à l’avance.

Edouard Glissant, créateur du concept, précise que créolisation n’est pas métissage, mais victoire sur la peur de la rencontre et de ses conséquences, qui ouvre à l’inattendu et au partage, multiplie puissance et connaissance : “ je peux changer en échangeant avec l’autre, sans me perdre et me dénaturer ”.

Entité dont la mission est d’assurer certaines fonctions dites “support” pour le compte d’un collectif de plusieurs organisations telles la gestion de ressources matérielles ou financières, l’acquisition de biens en commun ou le partage de services.

Cette mission est déléguée par le collectif dans le cadre d’un mandat explicite.

L’identité, selon Edouard Glissant, est le résultat d’un processus d’individuation et de reconnaissance du soi assumé, un sujet construit en négociation entre ce que la personne souhaite être et ce que le collectif voit en elle.

Dans une organisation en Archipel, une identité-racine est l’expression d’une île, elle est donc aussi une culture partagée qui peut caractériser un groupe, un territoire, une organisation… 

Selon Edouard Glissant lui-même (avec toute la beauté de sa langue) (L’identité-racine) :

– est liée, non pas à une création du monde, mais au vécu conscient et contradictoire des contacts de culture ;

– est lointainement fondée dans une vision, un mythe, de la création du monde ;

– est sanctifiée par la violence cachée d’une filiation qui découle avec rigueur de cet épisode fondateur ;

– est ratifiée par la prétention à la légitimité, qui permet à une communauté de proclamer son droit à la possession d’une terre, laquelle devient ainsi, territoire ;

– est préservée, par la projection sur d’autres territoires qu’il devient légitime de conquérir – et par le projet d’un savoir.

L’identité-racine a donc ensouché la pensée de soi et du territoire, mobilisé la pensée de l’autre et du voyage.

Une identité relation est créée lors d’une rencontre entendue comme un voyage dans lequel on sait qu’on sera modifié. La notion comprend donc l’idée d’assumer les changements de notre identité dans l’échange et celle de construction de la relation. 

C’est donc l’identité du nous et dans l’altérité. Elle n’est pas uniquement mon identité mais celle qui se crée à partir de ce que nous sommes ensemble dans l’esprit du mot ubuntu signifiant “nous sommes ce que nous sommes grâce à ce que nous sommes ensemble.”

Selon Edouard Glissant, “(L’identité-relation) :

– est liée, non pas à une création du monde, mais au vécu conscient et contradictoire des contacts de culture ;

– est donnée dans la trame chaotique de la Relation et non pas dans la violence cachée de la filiation ;

– elle ne conçoit aucune légitimité comme garante de son droit mais circule dans une étendue nouvelle ;

– ne se représente pas une terre comme un territoire, d’où on projette vers d’autres territoires, mais comme un lieu où on « donne-avec » en place de « com-prendre »

L’identité-relation exulte la pensée de l’errance et de la totalité.”

> Voir rhizome

Instance créé par une communauté d’organismes composées des représentants de tous ces organismes pour débattre, décider et conduire la politique et la stratégie de la communauté (par exemple une assemblée générale, un conseil communautaire, etc.).

Dans la démarche archipélique, cette instance est horizontale et non surplombante. Son pouvoir d’agir, de service et de création est non appropriable et les décisions sont prises prioritairement par consentement.

Instance chargée d’assurer l’exécution de la politique définie par une communauté (par exemple un secrétariat général, un comité exécutif, etc).

Dans la démarche archipélique, ce groupe agit dans le cadre d’un mandat explicite de l’instance communautaire. Il est chargé de mettre en œuvre la feuille de route fixée par cette instance et lui en rend compte régulièrement.

Voilà l’Archipel présenté simplement en quelques phrases et en visuels :
( Illustrations de Claire Usunier)

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Glissant a développé un compagnonnage avec Gilles Deleuze et Félix Guattari autour de la déconstruction de l’imaginaire dominant et pour repenser, sur les ruines fumantes du marxisme et de la dictature du prolétariat, le cadre de pensée d’une alternative à l’échelle de la planète.

La poétique, n’est pas une philosophie, ni une politique portée par une idéologie, mais quelque chose qui a trait, à la fois, à la pensée, à l’utopie, au sensible et au vivant.
Dans son dialogue avec Edgard Morin, sur la question des systèmes ouverts ou fermé l’ennemi c’est le système de pensée qui s’énonce dans la pensée de système…
Il part du principe que les systèmes fermés sont soumis à la loi d’entropie, les énergies qui circulent à l’intérieur vont s’épuiser et le système va s’effondrer, s’il ne se ressource pas. La proposition d’Edgard Morin (à la suite des travaux de l’école de Palo Alto) est qu’il faut réussir à penser la notion de système, à priori fermée, avec la nécessité d’une ouverture, nous rendant possible non pas des mutations prévisibles, mais des métamorphoses imprévisibles… On peut penser à ce phénomène de la chrysalide et du vers qui se transforme en papillon.

Pour Glissant la réponse au système fermé c’est la poétique : une acceptation du tragique du monde… l’acceptation d’une part d’imprédictible, une part de sensible et de vivant au cœur de nos décisions… non pas un renoncement à la pensée mais la reconnaissance qu’aucune domination n’est durable et que nous créons dans un monde chaotique mais vivant.
Le chaos est une approche de la complexité sociale qui se mesure désormais à l’aide d’outils développés à partir de la physique quantique, d’une science et d’une pensée du chaos. Glissant entretient un dialogue passionné avec ces scientifiques qui travaillent sur la pensée du chaos.

Chaque fois qu’on va essayer d’uniformiser la pensée, on va aller vers cette tyrannie, la pensée unique, qui va produire la Tragédie (histoire d’une genèse mythique)… la Genèse, c’est un texte sacré qui va légitimer l’appropriation du sol par un groupe. A partir du moment où cette terre appartient prétendument à tel groupe de population ça va autoriser la pensée du territoire, qui va mener à une sacralité de la Loi et de la langue qui ont posé le texte de la Genèse : le type de raison qui, à son tour, produit la nation… C’est-à-dire une pensée du Même, une espèce de logique du mimétisme qui va nier la présence de l’autre, de l’altérité ; et donc la pensée de l’unité nationale ou raciale va toujours produire ce retour à une racine unique, à une homogénéisation du monde, à une suppression ou réduction de sa diversité, produisant peur et angoisse envers cette diversité pragmatique du monde…

L’image de l’archipel est essentielle contre la pensée unique. Dans la Caraïbe, il y a une unité de populations malgré les morcellements géographiques, institutionnels et coloniaux, ce sont les mêmes populations, sur des îles distantes de 20 à 30 km, qui se voient les unes les autres. Pourtant, sur une île ça donne le reggae, sur une autre la salsa, là le soca et là le zouk… Avec les mêmes matériaux, les mêmes populations, le même fond, on a une diversité de formes, qui relève d’une unité culturelle et d’une diversité dans l’unité. Ce jeu aléatoire des mêmes éléments constitutifs donne des choses imprévisibles, des chatoiements et des ramifications interminables. C’est ce processus là qu’Edouard Glissant appelle créolisation. C’est-à-dire, s’ouvrir aux logiques infinies du chaos. L’identité rhizome

Glissant, Deleuze et Guattari s’enrichissent mutuellement et notamment autour d’une pensée de l’identité et de cette pensée du rhizome. En quelques mots, la pensée du rhizome découle d’une critique de la pensée unique. L’identité ayant été pensée comme une chose uniforme posée à partir de l’expérience occidentale du monde. Donc ils vont se mettre à réfléchir à la question du dépassement de cette pensée.
Ils vont poser le postulat suivant : il n’y a pas qu’une forme d’identité. Ils distinguent deux formes d’identités :

  • Les civilisations fortes, qui ont une longue durée, et qui ont pu poser une genèse et un texte sacré, qui s’approprient le sol en termes de territoire et qui vont sacraliser une langue. On peut penser à toutes ces civilisations fortes, aussi bien européennes que les anciennes civilisations africaines, ou asiatiques. Très souvent elles vont avoir pour symbole un grand arbre majestueux, qui s’enracine très profondément dans la verticalité. A ce propos, il y a un proverbe en Afrique, qui dit que rien ne pousse à l’ombre du baobab… Le grand arbre est majestueux, certes, mais il tue son environnement, il est seul. Il règne seul sur son écosystème, de manière totalitaire.
  • A côté de ce type d’identité, qu’ils appellent identité atavique, qui est l’identité des peuples majestueux forts, Glissant, Deleuze et Guattari proposent l’identité rhizome.
    L’identité rhizome serait une identité qui ne s’approfondit pas en verticalité, qui s’étend en horizontalité, qui s’adapte aux accidents du sol et qui concilie les différentes espèces. Ce n’est ni exclusif, ni invasif. Le rhizome est apaisé avec son environnement et il ressurgit de manière imprédictible. Il fait des troncs et des noeuds -on ne peut pas prévoir où, ça va ressortir de manière inopinée. C’est la confrontation de ces deux types d’identité qui va leur permettre d’essayer d’imaginer une autre forme d’être au monde. Et notamment, ces auteurs résonnent beaucoup pour ces populations, qu’Hannah Arendt appelait les « sans Etat », ces gens poussés pour multiples raisons sur les chemins du monde, ces exilés ou ces migrants, ces gens qui portent leur patrie en eux, qui n’ont plus d’Etat pour les défendre, qui ont été rejetés par ces Etats, qui se retrouvent dans des situations non définies, indéfinissables.

Créolisation

On va retrouver cette idée du rhizome au niveau de l’opposition entre mondialisation et mondialité. Mais d’abord, la créolisation : nous l’avons vu, la créolisation c’est ce processus où, contrairement au métissage, qui produit un résultat prévisible, les individus, les cultures vont se rencontrer et produire des choses de manière imprédictible. Des retombées dont, à l’avance, on ne peut pas prévoir les résultats. C’est ce qui spécifie la forme de la créolisation par rapport au métissage. La créolisation est un processus et non pas une essence. Glissant dit donc que la créolité antillaise et la plantation antillaise sont une forme de créolisation qui n’a aucune légitimité spécifique à s’imposer aux autres types de créolisation. Toute forme de créolisation a son contenu et ses logiques propres. Notamment celles qui s’accélèrent actuellement du fait de la mondialisation…

La Relation

Le concept de Relation est la considération que notre identité n’est pas définie en soi mais définie par opposition, relativement, en système et en dialogue. Je dirais, définie en ramification infinie, jamais fermé en soi, toujours avec justement l’irruption de cette mise en réseau du monde. Ce dernier fait que des choses incroyables, des gens improbables, des peuples et des langues qu’on avait même plus pensés, qu’on avait oublié ou qui nous sont inconnus, arrivent à nous et nous touchent nous contactent et nous contaminent… Donc, aujourd’hui, on ne peut plus raisonner, on ne peut même plus écrire dans une tour d’ivoire.

Mondialisation vs mondialité

Glissant dit : « j’écris en présence de toutes les langues du monde ». C’est-à-dire que la condition humaine aujourd’hui nous est donnée à travers cette mise en relation du monde. On en parle à travers la catégorie de la mondialisation. Pour lui, la mondialisation est le négatif infernal d’une réalité dont l’endroit positif serait -ce qu’il appelle- la mondialité. La mondialité c’est ce qui se passe lorsqu’on met frénétiquement en contact différentes parties du monde et de manière accidentelle, imprévisible et incalculable. Des gens se rencontrent, des histoires se nouent, des langues se créent, des imaginaires se métissent, des choses se passent… On en vient de toute part du monde à une intuition, l’intuition qu’on pourrait mettre nos utopies en relation…

La volonté de l’utopie est forte chez lui, parce qu’il se rend bien compte que pendant longtemps on s’est déterminé en fonction du passé, c‘est toujours notre passé – notre passé esclavagiste, de dominé – qui nous détermine dans notre action d’aujourd’hui ; or le basculement sur l’utopie nous projette dans le futur. Par contre, au sujet de l’utopie il est vraiment très prudent. Ce n’est pas une utopie à réaliser qui se réalisera. C’est une utopie qui avancera devant nous, sans cesse, parce qu’elle aura toujours à intégrer les utopies des autres. Ce ne sera jamais une utopie d’une partie du monde, ni d’un moi, d’un Je. Ce serait toujours une utopie vouée à rencontrer d’autres utopies et cherchant comment on peut produire quelque chose qui soit un universel pour tous, sans exclusive.

Le tout-monde / le chaos-monde

On revient à ce constat du début. On est parti de l’universel des Lumières qui était un universel pour le club blanc et qui n’a pas fonctionné pour les peuples colonisés, pour les peuples que l’universel, précisément, excluait comme acteurs libres… Comment, aujourd’hui, peut-on essayer de concevoir une forme d’approche de la relation de Tous sur la terre ? Ce qui est marrant avec lui – c’est peut-être la première question que je lui ai posée – « Pourquoi vous ne dîtes jamais l’humanité ? Vous dites les humanités ? Est-ce parce que l’humanité est encore en projet ? ». Il dit qu’il faut que les humanités se veuillent, se désirent, pour se rencontrer et que, de cette rencontre, naisse l’imaginaire partagé de ces humanités reliées. Il n’y a pas de vision qu’on ait déjà atteint l’humanité… Non, il y a encore des mondes sur cette Terre, on n’est pas encore dans un moment où on pourrait dire LE monde.

Il n’envisage pas une uniformité, une continuité physique qui rétrécirait le monde… Mais plutôt la posture qui postule une relativité de chacun, un interdit de se sentir supérieur ou plus indispensable… Personne ne peut ne pas anticiper l’Autre…

La mondialité c’est un chaos monde parce qu’à travers les mailles du Système, elle est faite de rencontres éparses improbables, incroyables, de réseaux discontinus, de gens venus de parties du monde qui ne se connaissaient même pas et vont fonder ensemble des actions. C’est un chaos-monde parce que les grandes structures qui maintiennent l’apparence d’une continuité stable, sont impuissantes à contrôler la masse des flux et les niveaux infra de la société. Le chaos tient

à la taille des failles, des angles morts internes au Système. Dans les zones d’ombre qui entoure la ville-lumière, il y a d’infinies possibilités alternatives. Il n’y a pas une pensée unifiée, linéaire, organisée. Il y a des discontinuités, il y a des réseaux, des passerelles, des archipels. La proposition du Tout-Monde me semble combler le vide laissé par la récusation de l’Universalisme des Lumières (la pensée eurocentrée de l’Un rationnel). Le statut épistémologique du Tout-Monde mêle les approches économiques et socio-anthropologiques d’une dimension matérielle à des modes de connaissance, de praxis ou de ressenti de la réalité de l’ordre du sensible (la poésie, le tragique, le symbolisme, l’ésotérique, le vitalisme etc…) En fait il s’agit de penser la manière nouvelle dont coexistent, désormais, les imaginaires, les cultures et les individus sur la planète Terre, réorganisée par la mondialisation, et sous les tremblements infinis de la mondialité…

Le Tout-Monde que Glissant formalise mêle à la fois la réalité des rapports sociaux, des échanges culturels, et les représentations (utopies) que nous nous en faisons. Ce nouvel universalisme ne se ferme sur aucune pensée de système mais insiste sur le fait que nulle entité vivante –connue ou inconnue – ne pourra, par principe, en être exclue. Le Tout-Monde introduit à la pensée d’une totalité « innumérable » [réalité finie mais qu’on ne peut concrètement déconstruire ou énumérer, comme un banc de poisson] qui englobe l’humanité en toutes ses parts réelles et rêvées…

Headings

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Blockquotes

Single line blockquote:

Stay hungry. Stay foolish.

Multi line blockquote with a cite reference:

People think focus means saying yes to the thing you’ve got to focus on. But that’s not what it means at all. It means saying no to the hundred other good ideas that there are. You have to pick carefully. I’m actually as proud of the things we haven’t done as the things I have done. Innovation is saying no to 1,000 things.

Steve Jobs – Apple Worldwide Developers’ Conference, 1997

Tables

Employee Salary
John Doe $1 Because that’s all Steve Jobs needed for a salary.
Jane Doe $100K For all the blogging she does.
Fred Bloggs $100M Pictures are worth a thousand words, right? So Jane x 1,000.
Jane Bloggs $100B With hair like that?! Enough said…

Definition Lists

Definition List Title
Definition list division.
Startup
A startup company or startup is a company or temporary organization designed to search for a repeatable and scalable business model.
#dowork
Coined by Rob Dyrdek and his personal body guard Christopher « Big Black » Boykins, « Do Work » works as a self motivator, to motivating your friends.
Do It Live
I’ll let Bill O’Reilly will explain this one.

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Welcome to image alignment! The best way to demonstrate the ebb and flow of the various image positioning options is to nestle them snuggly among an ocean of words. Grab a paddle and let’s get started.

On the topic of alignment, it should be noted that users can choose from the options of NoneLeftRight, and Center. In addition, they also get the options of ThumbnailMediumLarge & Fullsize.

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The image above happens to be centered.

Image Alignment 150x150The rest of this paragraph is filler for the sake of seeing the text wrap around the 150×150 image, which is left aligned.

As you can see the should be some space above, below, and to the right of the image. The text should not be creeping on the image. Creeping is just not right. Images need breathing room too. Let them speak like you words. Let them do their jobs without any hassle from the text. In about one more sentence here, we’ll see that the text moves from the right of the image down below the image in seamless transition. Again, letting the do it’s thang. Mission accomplished!

And now for a massively large image. It also has no alignment.

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The image above, though 1200px wide, should not overflow the content area. It should remain contained with no visible disruption to the flow of content.

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And now we’re going to shift things to the right align. Again, there should be plenty of room above, below, and to the left of the image. Just look at him there… Hey guy! Way to rock that right side. I don’t care what the left aligned image says, you look great. Don’t let anyone else tell you differently.

In just a bit here, you should see the text start to wrap below the right aligned image and settle in nicely. There should still be plenty of room and everything should be sitting pretty. Yeah… Just like that. It never felt so good to be right.

And just when you thought we were done, we’re going to do them all over again with captions!

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Look at 580×300 getting some caption love.

The image above happens to be centered. The caption also has a link in it, just to see if it does anything funky.

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Itty-bitty caption.

The rest of this paragraph is filler for the sake of seeing the text wrap around the 150×150 image, which is left aligned.

As you can see the should be some space above, below, and to the right of the image. The text should not be creeping on the image. Creeping is just not right. Images need breathing room too. Let them speak like you words. Let them do their jobs without any hassle from the text. In about one more sentence here, we’ll see that the text moves from the right of the image down below the image in seamless transition. Again, letting the do it’s thang. Mission accomplished!

And now for a massively large image. It also has no alignment.

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Massive image comment for your eyeballs.

The image above, though 1200px wide, should not overflow the content area. It should remain contained with no visible disruption to the flow of content.

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Feels good to be right all the time.

And now we’re going to shift things to the right align. Again, there should be plenty of room above, below, and to the left of the image. Just look at him there… Hey guy! Way to rock that right side. I don’t care what the left aligned image says, you look great. Don’t let anyone else tell you differently.

In just a bit here, you should see the text start to wrap below the right aligned image and settle in nicely. There should still be plenty of room and everything should be sitting pretty. Yeah… Just like that. It never felt so good to be right.

And that’s a wrap, yo! You survived the tumultuous waters of alignment. Image alignment achievement unlocked!

blog4

Default

This is a paragraph. It should not have any alignment of any kind. It should just flow like you would normally expect. Nothing fancy. Just straight up text, free flowing, with love. Completely neutral and not picking a side or sitting on the fence. It just is. It just freaking is. It likes where it is. It does not feel compelled to pick a side. Leave him be. It will just be better that way. Trust me.

Left Align

This is a paragraph. It is left aligned. Because of this, it is a bit more liberal in it’s views. It’s favorite color is green. Left align tends to be more eco-friendly, but it provides no concrete evidence that it really is. Even though it likes share the wealth evenly, it leaves the equal distribution up to justified alignment.

Center Align

This is a paragraph. It is center aligned. Center is, but nature, a fence sitter. A flip flopper. It has a difficult time making up its mind. It wants to pick a side. Really, it does. It has the best intentions, but it tends to complicate matters more than help. The best you can do is try to win it over and hope for the best. I hear center align does take bribes.

Right Align

This is a paragraph. It is right aligned. It is a bit more conservative in it’s views. It’s prefers to not be told what to do or how to do it. Right align totally owns a slew of guns and loves to head to the range for some practice. Which is cool and all. I mean, it’s a pretty good shot from at least four or five football fields away. Dead on. So boss.

Justify Align

This is a paragraph. It is justify aligned. It gets really mad when people associate it with Justin Timberlake. Typically, justified is pretty straight laced. It likes everything to be in it’s place and not all cattywampus like the rest of the aligns. I am not saying that makes it better than the rest of the aligns, but it does tend to put off more of an elitist attitude.

Au contraire de la mondialisation et de la globalisation qui désignent les formes modernes de fonctionnement du monde mis en place par le système ultra-libéral où la finance prédomine, la mondialité est “cet état de mise en présence des cultures vécu dans le respect de la diversité”. La notion désigne donc un enrichissement intellectuel, spirituel et sensible en opposition à l’appauvrissement dû à une uniformisation.

Partage de biens, de moyens ou de services entre individus ou groupe d’individus

Partage de biens, de moyens ou de services entre individus ou groupe d’individus.

Dans la fabrication du commun, la collecte de connaissance, il ne suffit pas de juste “partager”, de stocker dans un coin sans prendre soin que tout le monde aura les moyens d’accéder à l’information, et de la comprendre telle qu’elle a été écrite, diffusée.
Le partage sincère est le mot mis sur cette démarche d’interopérabilité, de langage commun, qu’on retrouvera dans les communs numériques dans l’idée de web sémantique *

Dans la fabrication du commun, la collecte de connaissance, il ne suffit pas de juste “partager”, de stocker dans un coin sans prendre soin que tout le monde aura les moyens d’accéder à l’information et de la comprendre telle qu’elle a été écrite, diffusée.
Le partage sincère est le mot mis sur cette démarche d’interopérabilité, de langage commun, qu’on retrouvera dans les communs numériques dans l’idée de web sémantique.

Une pirogue est un type d’embarcation longue et étroite, souvent fait d’un seul tronc d’arbre creusé (monoxyle), mue à la voile ou à la pagaie, parfois équipée de balancier, utilisé en mer ou sur les lacs et rivières.
Elle suppose de la part des équipiers une coordination et une définition simple et précise de chaque rôle coopératif.

Par analogie, dans l’imagerie archipélique, une pirogue symbolise un projet commun dans lequel vont embarquer des membres d’îles ou d’archipels, mandatés ou non. La gouvernance, le niveau d’exigence liés à ce projet seront fixés par la communauté d’usage ainsi formée, constituant, de fait un Commun au sens propre du terme.

Les représentants de chaque “île” se réunissent périodiquement dans une ’Assemblée du Lagon”.

Ainsi, métaphoriquement, cette assemblée ne se réunit pas dans les hauteurs, ni ne surplombe les îles. Les représentant se retrouvent autour du lagon situé au niveau de l’océan, exprimant ainsi ainsi la volonté d’horizontalité dans la prise de décision, chaque représentant des îles étant au même niveau, celui de l’océan, donc le niveau le plus bas de toutes les îles de l’archipel.
Cette assemblée n’a pas besoin de se réunir dans un siège prestigieux ou une construction affirmant son pouvoir : le sable lui suffit.

Le lagon n’est pas la propriété de l’une ou l’autre des îles, ce qui présenterait le risque – même inconscient – d’affirmer la domination de cette île sur les autres.
Par ailleurs lagon n’est pas un lac coupé de l’océan : il communique avec lui par un chenal ou une passe. Les décisions prises ne doivent pas ignorer l’océan, c’est-à-dire le monde au-delà de l’archipel : l’eau de l’océan est aussi celle du lagon.

Enfin, le lagon n’est pas situé sur une île, qui serait dès lors tentée par se l’approprier, quelquefois même sans intention préconçue : il est l’un des éléments du Commun co-construit par l’archipel.

Les rivages, donc les frontières naturelles des îles d’un archipel, sont toutes baignées par une mer (les Cyclades en Mer Egée, les 180 000 îles de l’archipel finnois Saaristomeri en mer Baltique…) ou, si celle-ci est très vaste, par un océan (les Açores, les Galapagos …).

Mer ou océan “relient” donc les îles d’un Archipel, en sont un élément commun, puissant facteur de reliance et d’identité culturelles et économiques entre les îles.
Le mot “archipel” vient par ailleurs de l’italien arcipelago, issu du grec ancien Aigaíôn pélagos, c’est-à-dire “la mer Égée”, mer qui composait le monde des grecs anciens.
Ayant la caractéristique d’être parsemée d’îles, le nom propre est devenu nom commun. Pelagos représente donc l’Océan et l’Archipel peut être vu comme une grande étendue de mer, le même océan dans lequel baignent toutes ses îles.

Dans la symbolique métaphorique d’une organisation en Archipel, l’Océan représentera donc ce qui unit les îles, mais aussi ce qui les relie malgré leur absence de frontière terrestre.

Il y a aussi de la vie et du mouvement, une histoire dans l’Océan, dont l’oubli dans nos cartographies mêmes est assez révélatrice de l’anthropocentrisme de nos sociétés. 
Pourtant les photos prises de l’espace nous montrent une immensité de mers et de terres sur notre planète sont elles-même un archipel-monde baignées en réalité par un seul océan comme le montre avec évidence la représentation de la Terre selon une projection de Fuller :

Une autre projection, dite de Spilhaus, nous montre une cartographie du Monde orientée Océan.

Les régions marines y sont représentées au centre du monde. Une immense mer intérieure (un peu plus de 70% de la surface de la Terre) apparaît sous nos yeux. Rappelons tout de même que l’Océan mondial génère plus de 60% des services écosystémiques qui nous permettent de vivre, à commencer par la production de la majeure partie de l’oxygène que nous respirons. Cette carte est ainsi toute symbolique de l’importance des mers.

A noter que le drapeau des Nations-Unies représente lui aussi une sorte d’archipel planétaire … mais l’inverse d’une projection de Spilhaus où l’Antarctique est au centre, la version onusienne oublie étonnamment ce sixième continent une fois et demi grand comme l’Europe, et pièce maîtresse du climat mondial !

Dans une pirogue n’embarquent non une ou deux personnes (ce n’est ni un canoë, un kayak ou un pédalo !) mais un groupe restreint (par exemple de 5 à 15 équipiers) réunis pour un objectif commun.

L’équipage détermine le trajet qui sera suivi par la pirogue, les modalités de son organisation, la répartition des postes ainsi que les moyens et les vivres nécessaires à la mission.
Une pirogue n’est ni conçue ni construite pour un voyage au long cours mais pour une navigation de courte durée, ayant un objectif précis. Une fois la pirogue revenue à terre, l’équipage constitué pour sa mission n’a pas vocation à perdurer.

Enfin les équipiers doivent absolument s’entendre entre-eux pour avancer avec efficacité. Et s’ils viennent d’îles différentes, ils auront au terme de la navigation appris à travailler ensemble, de façon harmonieuse et efficace.

L’analogie avec un groupe-projet est éclairante !

Le voilier-atelier est une instance opérationnelle et au service de la communauté dont les missions sont fixées par l’assemblée du Lagon.

Ce n’est pas une île, ni une entité créée par une île ou un groupe d’îles : il est une création collective de l’Archipel.
Il se comporte donc comme un voilier qui naviguerait au sein de l’Archipel, sans port ni île d’attache, mais au service de l’Archipel. Un voilier dont les caps et les missions seraient fixées de façon collective par l’assemblée du Lagon (qui en donc en quelque sorte son “armateur”) mais pas par l’équipage (les “timoniers”), chargés du bon déroulement de ses missions.

Mais ce voilier est aussi un atelier car il peut disposer de moyens, d’un “outillage” commun au service de toutes les îles.

Celles-ci, au sein d’un même archipel, peuvent être dissemblables mais chacune à ses spécificités, son histoire, ses coutumes et ses dialectes : c’est leur identité-racine. Et toutes développent aussi de multiples échanges (familiaux, commerciaux, politiques) avec les autres îles : c’est leur identité-relation.

De même dans un collectif d’organisation, chaque entité qui le compose à une histoire, des particularités qui fondent son identité-racine. Et chacun établit des relations, plus ou moins étroites et denses avec les autres. 

Une organisation en Archipel, tout en respectant les identités-racines de chacune des entités (= îles) qui le compose, va constituer un environnement favorable aux développement des relations non seulement des îles de l’Archipel entre elles mais aussi des îles vers d’autres entités extérieures à l’Archipel.

Pendant cette période, nous avons fait plus qu’expérimenter la forme d’organisation nouvelle que nous avons appelée “archipel”, détaillée plus bas. Nous en avons ressenti les conditions de pertinence et de continuité. Et nous avons travaillé et testé ces dernières.

En effet, derrière cet « outil pour l’action en commun » au bel imaginaire ultra-marin, des conditions de possibilité sous-jacentes et essentielles sont présentes, principalement trois.

  • L’attention au monde à inventer et le souhait de transformation sociale, si présents dans notre expérience, exigent de faire évoluer les modes de fonctionnement présents, tant des collectifs que des individus qui les constituent. Pour cela, il est nécessaire de s’interroger à intervalle régulier sur les relations de pouvoir à l’intérieur de nos collectifs, leur degré d’ouverture, leur manière de gérer les conflits internes. Pour chacun des membres d’un collectif, il s’agit de prendre la mesure de son fonctionnement intime, de sa capacité d’écoute et d’attention à la différence. En travaillant ces questions, souvent mises de côté sous l’accusation imbécile de “bisounours” adressée à celles et ceux qui les travaillent, nous expérimentons qu’elles sont déterminantes pour affronter le chemin vers une société respirable, à tous les sens du terme. Elles ont coloré fortement l’esprit de notre démarche. Notre archipel en a pris un soin tout particulier par un groupe-projet, une « pirogue » spécialement orientée sur leurs renforcements.


  • Ensuite, nous avons aussi été très attentifs à prendre du temps pour que les îles se rencontrent et écoutent les histoires et les raisons d’être les unes des autres, toutes respectables, et précieuses dès lors qu’on s’est reconnu capables de certains accomplissements en commun. Ce temps permet de se nourrir de nos différences, tout autant que de nos volontés d’agir ensemble, car l’archipel est, non seulement la mise en pratique d’un modèle d’organisation, mais aussi une construction vivante, un « bien-vivre en acte »..


  • Enfin, il nous faut regarder « les yeux dans les yeux » la question du pouvoir. Se rappeler sans cesse la nécessité de passer du “pouvoir sur” au “pouvoir de”, et goûter la puissance commune que nous donne la coopération, pratiquée avec les attitudes rappelées précédemment.

Mais il reste évident que la tentation de voir
Pour prendre une formule couramment entendue depuis plusieurs mois, nous nous sommes engagés dans le « monde d’après » sans attendre que « le monde d’avant » ait bougé, mais en pratiquant très sérieusement les trois éléments déterminants du passage de l’un à l’autre indiqués ci-dessus. 

 

Pour une organisation, la raison d’être est ce qui justifie l’existence de cette dernière, autrement dit ce qui manquerait à la société (du local au global) si cette organisation n’existait pas.

Le rhizome est la tige souterraine et parfois subaquatique remplie de réserve alimentaire de certaines plantes vivaces.
La théorie du rhizome — développée par Gilles Deleuze et Félix Guattari — décrit une structure évoluant en permanence, dans toutes les directions horizontales, dénuée de niveaux, s’opposant à la hiérarchie en pyramide.

En biologie, la symbiose est association durable et réciproquement profitable entre deux organismes appartenant à des espèces différentes.

Par exemple les lichens sont des organismes qui résultent d’une symbiose entre une algue et un champignon, lesquels ne peuvent vivre l’un sans l’autre.

La réciprocité de la profitabilité implique le respect de la pérennité de la relation, ce qui préfigure la notion de « commun du vivant ».

Phénomène par lequel plusieurs facteurs agissant en commun ensemble créent un effet global, un “effet synergique” distinct de ce qui aurait pu se produire s’ils avaient opéré isolément que ce soit chacun de son côté ou tous réunis mais œuvrant indépendamment. Il y a donc dans la synergie l’idée d’une coopération créative.


L’Archipel est un partie de l’Océan.
Les îles qui composent se retrouvent au bord du Lagon, bien commun de toutes.
L’assemblée du Lagon impulse et valide la création de pirogues pour les projets, d’un voilier-atelier pour l’animation et la coordination, d’une entité-support pour les moyens.

Peu à peu, se construit un Commun partagé …




*représentation en cercles concentriques comme les “doughnut economics” développés par l’économiste d’Oxford Kate Raworth.

Dans la terminologie maritime, le timonier sera le “marin qui tient le timon”, c’est-à-dire la barre du gouvernail, il s’occupe donc de maintenir la direction du navire fixée par le commandement.

Dans une organisation archipélique, les timoniers sont des personnes embarquées sur le voilier-atelier, au service de l’ensemble de l’archipel. Ils n’en fixent ni la direction ni le but, mais s’assurent que la direction donnée par le Lagon est bien exécutée. Ils ont aussi comme préoccupation constante d’aider les îles à construire et à développer leur identité-relation.

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