Du point de vue étymologique, le mot vient de l’italien arcipelago, issu du grec ancien Αἰγαίων πέλαγος, Aigaíôn pélagos signifiant « mer Égée ». Cette mer, capitale pour l’organisation du monde de la Grèce antique, était si remarquablement parsemée d’îles que son nom est devenu le nom commun “archipel”, porteur du sens géographique qu’on lui connaît aujourd’hui. Sans Egée, si Pelagos représente l’Océan, retenons l’invitation à voir l’Archipel d’abord comme une grande étendue de Mer, un même Océan dans lequel baignent toutes les îles.

L’archipel, comme mer parsemée d’îles, est en haute mer, qui entoure chacune de ses composantes.

A travers cette image, nous pouvons lire, plus qu’un clin d’oeil, un appel à la prise de conscience de l’importance de l’eau dans notre vie. Nos organismes sont constitués d’eau à plus de 80%, tandis que 70% de la surface de la terre est occupée par les mers et océans. Plus qu’essentiel, ce bien commun est donc vital.

Le mot “continent” impose une connotation massive et un besoin de centre, et lorsqu’on le cartographie, il donne aux territoires périphériques un statut secondaire. Il fait référence à des croyances, des usages, soulève divers sentiments d’appartenance. Il différencie un intérieur d’un extérieur à lui-même.

Il y a les continents et il y a les îles, qui, lorsqu’elles sont multiples et s’étendent sur de vastes espaces, deviennent des archipels, et non des continents. La représentation continentale du monde marginalise les non-continentaux.
Dans cette unification, on oublie la mer, les océans, comme si l’eau n’avait pas de mémoire, ni de culture. Pourtant admettre l’importance géographique et culturelle des mers mène à penser nos frontières autrement : l’océan est un lieu, un passage, une transition, qui porte une vision, il mène à la rencontre et prépare à l’inattendu.Le mode continental aspire à fixer nos identités racine, le mode archipélique à développer nos identités relation. La vision archipélique aborde la diversité de nos monde, et les invite à la rencontre, à la « créolisation ».

Devant la désillusion assez générale provoquée par l’état de notre monde, pourquoi ne pas prêter une oreille attentive à cette proposition de changement de point de vue, afin de sortir du cadre ?

Nous avons jusqu’à présent privilégié une inscription continentale qui favorise la notion de dur, de terre, de repli derrière des frontières. Nous proposons maintenant de penser à partir de représentations plus fluides, celles des archipels, baignés par l’eau ce liquide merveilleux, aux propriétés encore mal connues. Envisageons-nous, avec l’ensemble de nos organisations, comme des îles voisines et proches de leurs sœurs mais irréductibles dans leurs singularités et leur irremplaçabilité !Ce faisant, on peut sentir sur un plan symbolique – et peut-être spirituel – que le changement de point de vue qui nous fait placer au coeur de l’élément liquide désigné par presque toutes les traditions comme source de vie, moyen de purification et de régénération, nous emmène vers la conception d’une relation aux autres différente.
Notre monde a soif de sens :
« Une civilisation technicienne et industrielle, par les manques et les pollutions qu’elle suscite, peut aviver le besoin, l’angoisse et l’appétit de signes qui parlent »
(dictionnaire des symboles par Chevalier et Gheerbrant p.382).


Compte-rendus du travail du Mardi 14 février 2017 après-midi

Nous vivons là une de ces périodes incertaines de l’Histoire que nous ne voulons pas regarder demain avec une immense colère et d’infinis regrets en disant : C’était encore possible et nous n’avons rien fait ? Réagissons, résistons et créons. Face aux régressions sociale, écologique et démocratique, l’inaction et le laisser-faire ne sont plus une option. Conscientes de ces périls et inspirées par de multiples appels*, 50 organisations de la société civile se sont rassemblées à Villarceaux les 13 et 14 février 2017. Ensemble, dépassant le risque de la dispersion au terme d’un processus participatif, elles ont élaboré 25 mesures qui s’inscrivent avec résolution dans les enjeux du long terme. Ces actions prioritaires permettront, par un renouveau démocratique, l’avènement d’une société moins inégalitaire, plus solidaire et plus conviviale.

« Le pire n’est pas exclu, mais le meilleur reste possible », nous rappelle Edgar Morin.
Construisons ensemble des jours heureux.

Dès 2017.

  • *L’Appel des Résistants aux jeunes générations lancé en 2004, le livre et les propositions du mouvement # LesJoursHeureux, le Manifeste des Convivialistes, l’appel d’Edgar Morin Changeons de Voie – Changeons de Vie, On continue ! d’Emmaüs, Le Chant des Colibris – L’appel du monde de demain du mouvement Colibris, Stop pauvreté d’ATD Quart Monde, l’appel de 15 mouvements sociaux intitulé Nos droits contre leurs privilèges, etc.

25 MESURES PRIORITAIRES VERS UNE TRANSITION ECOLOGIQUE, SOCIALE ET DEMOCRATIQUE

DEMOCRATIE et GOUVERNANCE

  1. Démocratie au niveau national
    Une nouvelle Constitution pour la France sera rédigée selon un processus de type « conférence de citoyens », puis soumise à référendum.
  2. Démocratie au niveau local
    Renforcer le droit d’interpellation des citoyens par la création d’un fonds pour une démocratie d’initiative citoyenne doté d’au moins 5 % du montant total de l’argent public actuellement consacré chaque année au fonctionnement de la démocratie représentative.
  3. Démocratie au niveau européen
    La France proposera l’élaboration participative d’un nouveau traité constitutionnel européen au service d’une Europe promouvant une société juste et soutenable.
  4. Echanges internationaux
    La France retirera immédiatement à l’Union européenne son mandat l’autorisant à négocier les traités dits de libre-échange (TAFTA, CETA, APE, etc.), et elle refusera de signer des accords qui ne seraient pas fondés sur les principes d’un commerce équitable et du mieux-disant social et environnemental.
  5. Gouvernance des banques
    Une gouvernance démocratique des banques sera instaurée afin de lutter contre la spéculation, la fraude et l’évasion fiscales, et pour reprendre le contrôle de la dette.

SOLIDARITE et PARTAGE

  1. Lutte contre la pauvreté
    Une allocation inconditionnelle d’autonomie, d’un montant au moins égal à celui du RSA socle, sera versée à chaque jeune de 18 à 25 ans, et une réforme en profondeur de la politique des minima sociaux sera engagée pour aboutir à la mise en œuvre d’un revenu minimal garanti.
  2. Droit au logement
    Une loi d’urgence pour le droit de chaque personne à un logement sain et décent instaurera l’arrêt des expulsions sans relogement, le respect du droit au logement opposable, le plafonnement des loyers, la lutte contre la spéculation foncière et la possibilité de réquisitionner des logements vacants.
  3. Réduction des inégalités de revenus
    Dans les entreprises, aucune rémunération globale ne pourra être supérieure à 20 fois la rémunération la plus basse.
  4. Partage du travail
    Une loi permettra à toute entreprise volontaire d’embaucher sans surcoût, en réduisant le temps de travail par salarié.e, et une généralisation négociée de la mesure sera proposée par référendum national.
  5. Migrations
    Les conventions internationales de protection des migrant.e.s et d’accueil des réfugié.e.s, y compris des déplacé.e.s climatiques, seront respectées et renforcées.

RESSOURCES et MODES DE VIE

  1. Ressources naturelles et communs
    Une grande loi foncière enrayera l’accaparement et l’artificialisation des terres ainsi que la privatisation de la gestion de l’eau.
  2. Alimentation, agriculture et pêche
    La France proposera une réforme de la Politique agricole commune (PAC) favorisant le développement de l’agroécologie paysanne et le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes.
  3. Santé et Sécurité sociale
    Le financement de la Sécurité sociale sera élargi aux revenus du capital et du patrimoine, ainsi qu’à la totalité de la valeur ajoutée des entreprises, en modulant selon leur responsabilité sociale et environnementale.
  4. Transition écologique et énergétique
    La France sortira totalement des énergies fossiles et du nucléaire avant 2050 par des actions de sobriété dans nos modes de vie, d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables (scénario négaWatt).
  5. Nouveaux indicateurs de richesse
    Au niveau national et local, des indicateurs sociétaux et environnementaux seront choisis selon des processus participatifs pour décider et évaluer toute politique ou tout projet d’aménagement du territoire et d’urbanisme, dans le prolongement de la loi sur les nouveaux indicateurs de richesse.

CULTURE et EDUCATION

  1. Culture
    La culture, dans sa diversité, sera reconnue comme quatrième pilier du développement durable, et 2 % du budget de l’Etat lui seront consacrés.
  2. Egalité femme-homme
    Dès l’école maternelle, l’éducation à l’égalité femme-homme sera partie intégrante des programmes scolaires, et chaque professionnel.le intervenant dans le champ éducatif recevra à cette fin une formation à l’égalité filles-garçons et à la déconstruction des stéréotypes.
  3. Education
    Un plan de refonte du système éducatif, mis en place dès la maternelle, sera basé sur les pédagogies fondées sur la coopération, l’autonomie et la bienveillance, intégrant une éducation à la vie et à la citoyenneté, et les effectifs des classes seront réduits.
  4. Recherche
    La recherche publique recevra les moyens nécessaires pour servir l’intérêt général, les priorités étant définies sous le contrôle de comités d’éthique incluant une participation effective des citoyen.ne.s.
  5. Médias
    La transparence, l’indépendance et la liberté d’informer des journalistes sera assurée, leur protection et celle de leurs sources et des lanceurs d’alerte sera garantie et le développement de médias citoyens encouragé par une fiscalité spécifique.

JUSTICE et SECURITE

  1. Lutte contre les discriminations
    La lutte contre toutes formes de discrimination sera renforcée : extension des actions de groupe aux discriminations comparables (pas seulement similaires), délais de prescriptions portés à cinq ans et majoration des peines et amendes.
  2. Justice pénale
    La politique du « tout-prison » sera remplacée par une justice de proximité « restauratrice » : amélioration des conditions de détention et réhabilitation favorisée par un parcours carcéral adapté à la gravité du délit ou du crime.
  3. Lutte contre la corruption
    Les biens acquis par la criminalité organisée, la corruption, les détournements de fonds et les abus de biens sociaux seront confisqués pour les transformer en biens publics mutualisés, en s’inspirant d’initiatives italiennes.
  4. Pénalisation de l’écocide
    La France instaurera le crime d’écocide dans son code pénal et défendra la création d’un tribunal international des Droits de la Nature, qui statuera sur toutes les violations environnementales : changements climatiques, organismes génétiquement modifiés (OGM), brevetage du vivant, surexploitation industrielle de la nature (extractivisme), nanotechnologies, etc.
  5. Désarmement nucléaire
    La France participera à l’Organisation des Nations unies (ONU) aux travaux de rédaction du traité d’interdiction des armements nucléaires dont le principe a été adopté le 23 décembre 2016 à l’Assemblée générale de l’ONU.

Un archipel se compose d’îles ayant elles-mêmes des choses en commun. On pourrait dès lors imaginer que l’archipel lui-même soit un commun, au sens du droit, mais rien ne l’impose.
Par contre, dès lors que se crée un projet, une pirogue, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’archipel, avec d’autres îles ou d’autres archipels, alors se constitue un commun, dans le sens où l’on y trouvera :

  • un bien commun, matériel ou immatériel, soit le projet ou son objet.
  • une communauté d’usage, formée de représentants des îles embarquées.
  • une gouvernance, établie et assurée par les passagers de la pirogue, qui assureront ainsi la pérennité du projet, et fixeront les exigences communes et le niveau d’engagement requis.

Un archipel n’est donc pas un commun, mais permet d’en créer, en son sein ou avec d’autres membres de l’archipel global.

Ce type d’organisation est adaptée à des entités (des îles) de formes, d’objectifs et de statuts juridiques très divers : associations et ONG, partis politiques, entités économiques, etc.L’essentiel est, comme la nature nous en donne de remarquables exemples, que cette diversité induit coopération, associativité et symbiose, toutes formes alternatives à la prédominance de la concurrence.

Rappelons d’abord que l’archipel est basé sur le “bien-vivre” et sur la constante attention aux liens entre les trois transformations TP-TC-TS. Mais ces valeurs vont “s’incarner” dans les actions menées au sein de l’archipel, si on les garde bien en tête et en coeur, si on les porte comme “un regard derrière le regard”.

Lancer une pirogue à plusieurs pour creuser un sujet, en rechercher toutes les facettes, y compris les moins consensuelles, construire les désaccords, dégager un point de vue commun par consentement, dégager ainsi une orientation pour le temps présent (modifiable si les circonstances le demandent), voilà toute une série d’actions qui demande de s’appuyer sur les valeurs du bien-vivre en même temps qu’elle les nourrit et les actualise aux trois niveaux de transformation. De plus, cette identité-relation, ainsi amplifiée pour une ou plusieurs îles peut accroître la transmission des mêmes valeurs vers celles-ci et faire ainsi, en retour, évoluer leur identité-racine.

Ni l’un, ni l’autre ! Elle vise au contraire à rompre avec les empilements de strates de gouvernance afin d’éviter une double illusion :

  • l’illusion de la descente de haut en bas des décisions prises par un “sommet”, fusse-t-il composés de personnes démocratiquement élues.
  • l’illusion réciproque de la remontée du bas vers le haut des décisions “issues de la base”.

Ces deux conceptions, descendante et ascendante, ne sont plus adaptées à la complexité et aux enjeux de notre siècle.

Une organisation en archipel est plutôt analogue à une organisation rhizomique, où tout élément peut influencer un élément de sa structure, peu importe sa position ou le moment, et ce de manière réciproque.

Le centre doit être vide de “désir de captation de pouvoir” exercé par un de ses membres sur les autres. Mais, comme dans le cas du vide de la physique quantique, le centre est plein d’informations et d’énergie :

  • les informations élaborées par les uns, partagées et mises en mémoire le mieux possible par tous.
  • l’énergie mise en oeuvre par les tisserands et les compagnons de l’archipel, en particulier, les membres du voilier-atelier qui assurent sa continuité dans le temps.


Si on se réfère à la théorie du rhizome, non en tant que doctrine, mais en tant que représentation d’une dynamique inspirante, notons que, coupant court à toute idée de hiérarchie, le rhizome n’a pas de centre.  En extrapolant à la métaphore de l’Archipel, nous pouvons imaginer un centre vide, qui, comme le panier vide au départ de toute aventure, se remplira au fur et à mesure des expérimentations et apports en connaissance faits ensemble.Comme le constate Patrick Viveret, “un centre est vide de pouvoir sur, mais rempli du pouvoir créatif de …” , il est un panier vide, qui, comme une page blanche, peut faire peur ou simplement éveiller.

De toutes parts et depuis plusieurs années, une plainte s’exprimait dans le milieu des alternatifs ; nos expérimentations sont innombrables, beaucoup sont viables, voire exemplaires, mais nous n’arrivons pas à nous relier autrement que dans des mobilisations passagères, voire des actions communes limitées. Il nous faut trouver des modes nouveaux d’articulation entre nous, sur des valeurs communes ou proches, donnant à nos actions une synergie et une visibilité plus forte, capables de faire bouger le système médiatique et politique dominant, tout en nous permettant de développer des  réalisations. Une articulation peu énergivore, apprenante et stimulante. 

Les dangers environnementaux, sociaux, économiques, identitaires de notre temps accentuant les besoins de changement à tous niveaux, et le développement de notre capacité de résilience et d’invention du monde de demain, l’émergence d’un “outil conceptuel” issu de l’oeuvre d’un grand poète venait à point nommé.

Penser notre société, du local au global, où des “îles” en recherche de reconnaissance mutuelle se relieraient pour construire un avenir respirable était le bon chemin. 

Il restait à l’emprunter…

1 : Pour reprendre Victor Hugo : “Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c’est une idée dont l’heure est venue.”

En 2016 se sont croisées deux dynamiques citoyennes.
Une association « # LesJoursHeureux » s’était donné une mission éditoriale ambitieuse : demander à une centaine d’auteurs d’écrire avec une grande liberté leur proposition en vue de l’élection présidentielle de 2017. Il en a résulté un petit livre recensant 120 actions : « Et nous vivrons des jours heureux » 100 auteurs, 120 actions pour résister et créer Eds Actes Sud .
L’idée était bien de reprendre l’idée d’un CNR pour notre temps, certes très différent de celui de 1944, mais porteur d’enjeux très lourds. La personne référente de ce travail fut Thierry Salomon, appuyé par une belle équipes de jeunes engagés pour la plupart dans des actions de politiques de santé.

Une dynamique de mise en commun des énergies citoyennes courrait depuis octobre 2013. D’abord intitulée « Etats généraux du Pouvoir citoyen », puis « Pouvoir citoyen en marche« , la volonté était celle qui bien de consolider les liens entre associations et mouvements citoyens. Avec une image symbolique choisie à l’époque, celle d’une mosaïque d’organisations et surtout avec deux perspectives très fortes qui vont aller en se précisant :
a) n’attendons pas que le futur arrive, pratiquons dès maintenant entre nous les chemins de la transition économique, sociale, et écologique;
b) il n’y aura pas de changement de société significatif si on ne s’interroge pas sur la transformation personnelle des individus et des collectifs, autrement dit un appel à expérimenter le « bien vivre en acte » dans toutes ses dimensions.

La personne référente était Patrick Viveret, par ailleurs un des auteurs du livre des jours heureux.
Un événement très symbolique eut lieu à Montpellier en Février 2017 : la projection du film de Gilles Perret « Les jours heureux » suivi d’un débat avec Thierry Salomon et Patrick Viveret.

Quand l’utopie des Résistants devint réalité…
Entre mai 1943 et mars 1944, sur le territoire français encore occupé, seize hommes appartenant à tous les partis politiques, tous les syndicats et tous les mouvements de résistance vont changer durablement le visage de la France. Ils vont rédiger le programme du Conseil National de la Résistance intitulé magnifiquement : « Les jours heureux ».



Reprenons quelques données sur chacune de ces deux dynamiques dont le croisement va donner lieu tout d’abord à la préparation de la campagne présidentielle puis à l’année 2018 d’expérimentation, à travers plusieurs rencontres importantes, à Die, puis à la ferme de Villarceaux.

CH, 23/02/2021
Photo : Ministerio de Educación > Educación para la Democracia y el Buen Vivir

Quel fût notre besoin d’utiliser cette notion ? Comment s’est-elle imposée ?

Buen vivir a un double avantage par rapport à Bien vivre. Adéquate à notre image ultra-marine d’archipel, elle exhibe son origine amérindienne dont la richesse nous apparaîtra au long de notre parcours. Alors que Bien vivre a pris un sens polysémique renvoyant le plus souvent à une vie facile et bien dotée :Vivre en paix, heureux, serein, à l’aise, nous cherchions plutôt du côté de l’idée de Vivre de manière droite, comme chez Spinoza ou chez Descartes. Ou de  la vie bonne d’Aristote. Voir ces signification dans le « dictionnaire de la philosophie » .

Les amérindiens nous fournissent des exemples inspirants pour nous, femmes et hommes en transition/métamorphose. Ils nous reconnectent en premier lieu avec la Terre, ce que nous avons oublié depuis trop longtemps.

Les deux premiers principes – il y en a six – de la Déclaration des peuples premiers du FSM de Bélem – 2009 – désignent très clairement deux enjeux forts de notre temps : Nourrir la Terre-Mère et se laisser nourrir par elle ; Protéger l’eau comme un droit humain fondamental et s’opposer à sa marchandisation. 

Le choix de « nourrir » la Terre avant de se laisser nourrir est un signal fort. Il s’agit d’en prendre soin, de la respecter vivante, loin de tout épuisement productif.

Les trois suivants nous parlent aussi ; ils adressent ce que nous appelons aujourd’hui un « changement de rapport au pouvoir » : Décoloniser le pouvoir par le principe de « commander en obéissant », développer l’autogestion communautaire, l’auto-détermination, l’unité dans la diversité comme autres formes de l’autorité collective ; Promouvoir l’unité, la dualité, la complémentarité et l’égalité entre les sexes, la spiritualité de la vie quotidienne et la diversité ; Se libérer de toute domination ou discrimination raciste, ethnique ou sexiste.

Les trois derniers visent des changements économiques radicaux, répondant aux de notre enjeux de notre temps :  Développer les décisions collectives sur la production, les marchés et l’économie ; Décoloniser la science et la technologie ; Développer la réciprocité dans la distribution du travail, des produits et des services : voilà des directions pour produire une nouvelle alternative à l’éthique sociale de marché et du profit colonial / capitaliste.

D’autres intellectuels ont présenté des principes philosophico-politiques très proches des précédents. C’est le cas de Pablo Solon (faire un post). D’autres, enfin, des règles qu’on peut appeler « de bonne vie » (autre post). On aurait tort de qualifier ces règles de naïves, car elles dessinent ce que signifie « vivre à la bonne heure ».

Avant d’être élu Vice-Président de la Bolivie en novembre 2020, David Choquehuanca était connu comme  intellectuel, fin connaisseur de la culture amérindienne de son pays. Son discours d’investiture est remarquable par l’appel aux racines culturelles de son pays. En bon politique, dans un moment politique refondateur (à un moment où la Bolivie sortait d’une crise), il faisait appel à la force des références à la nature (la Pachamama), aux animaux et aux plantes symboliques de son pays et aux ancêtres qui soudent puissamment une bonne partie de son peuple.

Pablo Solon dans un article de la revue Projet de 2018, décrit de son côté la philosophie du Buen vivir comme une recherche de l’équilibre. C’est une vision infiniment moins mobilisatrice que les précédentes :

La communauté est essentielle pour le buen vivir, mais elle inclut à la fois l’humain et le non humain, le matériel et le spirituel. Cette dualité est partout présente. La tension individu-communauté s’inscrit dans la tension humanité-nature. Dans ce contexte, le bien à l’état pur n’existe pas. Le bon et le mauvais coexistent, en tension permanente. Bien vivre, c’est apprendre à vivre avec ces dualités multiples. Non pas prétendre annuler ces contradictions, mais vivre avec elles, éviter que les inégalités et les conflits s’aggravent et se polarisent au point de déstabiliser « le tout ».

En fait, il ne s’agit nullement pour nous d’imiter les amérindiens. Il s’agit d’accepter de les écouter et de s’inspirer de ce qui est le meilleur chez eux. La brutale colonisation européenne, espagnole et portugaise pour ce qui les concerne, les a marginalisés (sauf en Equateur et en Bolivie). Durant les quatre derniers siècles, nous avons développé en Europe un processus d’individuation/émancipation basé sur les Lumières, auquel nous tenons à juste titre, recouvert largement aujourd’hui par un individualisme excité par le marché. Dès lors, le dialogue avec eux sur le poids du collectif peut être fécond. Nous ne voyons pas que la force du groupe leur a permis, dans les conditions précolombiennes et actuellement encore pour ceux qui vivent dans la forêt, d’assurer leur subsistance en lien direct avec la Nature. Choquehuanca nous le dit : Ayllu, – la communauté de base -, n’est pas uniquement l’organisation sociétale des être humains, ayllu est un système d’organisation de la vie, de tous les êtres vivants, de tout ce qui existe, de tout ce qui s’écoule, en équilibre avec notre planète ou notre mère, la terre.

Nous devons percevoir que les conditions climatiques dans notre futur vont nous réveiller de notre somnolence sur ce point.

Nous nous interrogeons aussi sur la situation des femmes dans les sociétés amérindiennes. Les mieux informé-es d’entre nous savent qu’il n’y a pas qu’en Occident que le puissant mouvement d’équilibrage entre hommes et femmes est en route. Souvent dans une grande discrétion, au sud du  Mexique, en particulier, on sait que le mouvement zapatiste, né au milieu des années 90 a été remarquable par l’engagement des femmes en son sein. La venue d’une forte délégation de femmes zapatistes en Europe en été 2021 serait peut-être une occasion d’un échange fructueux

Nous nous sommes nourris de ces réalités et de ces questions durant notre cheminement 2016/2021.

Nous avons également voulu expérimenter le « Bien vivre en acte », dans deux moments de transmission, mais aussi dans deux moments d’expérimentation en petit groupe.

Particulièrement  en mai 2018 au Premier Forum International – en Europe – pour le Bien Vivre (Grenoble – 6-7-8 juin 2018), organisé par CCFD Terre Solidaire. Les organisateurs visaient trois objectifs : 1) Repenser nos modèles de société; 2) passer des indicateurs à l’action; 3) définir collectivement ce qui compte. Les traces de ce Forum sont sur https://bienvivre2018.org/. En particulier, une agence de presse internationale a recueilli six conceptions du Bien Vivre, dont celle de Patrick Viveret. (faire un ou plusieurs posts)

Un autre moment fort fut l’Université d’été à l’initiative du CRID et d’ATTAC qui s’est déroulé du 22-26 août 2018 à Grenoble dans lequel nous avons animé plusieurs ateliers sur le Bien-vivre en acte (un post)

Les deux moments d’expérimentation du Bien vivre en acte ont eu pour but de pratiquer et d’approfondir en petit groupe des outils du Bien Vivre. Avec des ateliers de confronter en profondeur nos différentes manières de vivre des thèmes difficiles, comme par exemple notre rapport au pouvoir, à l’argent, mais aussi au corps, à la prise de parole. (un post sur ces deux expériences). Nous désignons ces moments par le terme de « Nanoub » – Nous Allons Nous Faire du Bien. En parallèle (lien avec un autre texte) on commençait à décrire ce que pourrait être un autre pays, naissant à l’intérieur de notre société, comme les cellules imaginales de la chenille devenant papillon, le « pays de la Nanoubie ». Cette orientation, en lien avec l’idée – largement considérée comme essentielle dans le monde de la transition/métamorphose – d’un Récit positif du monde de demain n’a pas encore abouti. Elle attend un rassemblement de forces dont on souhaiterait voir le jour avec des artistes de toutes disciplines qui pourraient lui donner l’ampleur nécessaire.


Petite bibliographie/ sitographie sur le Buen Vivir :

David Choquehuanca (2010), « Bolivie : 25 postulats pour comprendre le concept du “Vivre Bien” » , 2010 (fichier disponible à télécharger)

Jean Ortiz, article sur le Buen vivir , 2013. Jean Ortiz est maître de conférences et syndicaliste français, spécialiste des littératures des Amériques et des littératures de langue espagnole.

Émile Carme, article de 2010 sur le travail d’un économiste équatorien, Alberto Acosta

Alberta Acosta et Marion Barailles, « Le Buen Vivir: Pour imaginer d’autres mondes (Amérique latine) », Editions Utopia, 2018

Pablo Solon, in la Revue Projet, « Comment mesurer le Bien vivre », février 2018.

Expérimentation Archipel Citoyen Osons Les Jours Heureux
Texte fondateur – Villarceaux – 30.11.2017

CHARTE

Notre raison d’être

« Pour bâtir ensemble et vivre dès maintenant des jours heureux, relions les acteurs de la transition écologique, sociale et démocratique. Faisons de la diversité et du foisonnement des initiatives une force citoyenne capable de résister au désordre établi, de bousculer et de dépasser un système destructeur grâce à nos propositions et nos actions. »

Contexte

ous vivons l’une de ces périodes incertaines de l’Histoire, que nous ne voulons pas regarder demain avec une immense colère et d’infinis regrets en disant : c’était encore possible et nous n’avons rien fait ! Insoutenabilité environnementale, montée des inégalités (territoriales, sociales et économiques), stigmatisations et discriminations, crise du vivre ensemble… nous assistons un peu partout dans le monde à une progression inquiétante de replis identitaires et de logiques autoritaires, qui conduisent à une grande régression sociale, écologique et culturelle. Résister à cette dérive demande de concentrer toutes nos forces vives et nos intelligences dans la mise en œuvre de la Grande Transition.
En ce début du XXIe siècle, un effondrement de notre civilisation thermo-industrielle à courte échéance est dans le domaine du possible : autodestruction par épuisement des ressources, désunion face à la menace climatique, conflits guerriers incontrôlés, etc. Une nouvelle crise financière, encore plus dévastatrice que celle de 2008, peut aussi survenir. Elle serait révélatrice des cinq crises majeures auxquelles nous devons dès à présent faire face : crise économique, crise sociale, crise politique, crise environnementale, mais aussi crise du sens et de la reconnaissance, deux demandes fondamentales chez les êtres humains, auxquelles la compétition et le productivisme marchand ne peuvent répondre.
Ces nouveaux conflits dévastateurs sont provoqués par des inégalités plus criantes que jamais, par l’exclusion sociale et politique de pans entiers de l’humanité et par le développement d’idéologies mortifères, allant de l’idolâtrie financière à la xénophobie et à l’intégrisme religieux. Les gouvernements se montrent trop souvent impuissants ou complices face à ces dysfonctionnements inacceptables, souvent provoqués par l’attrait de la démesure. Cette attitude égoïste entraîne un tout petit nombre vers l’accumulation des biens matériels et des pouvoirs, alors qu’il faudrait valoriser la sobriété des comportements et un partage équitable des ressources.

Cette sobriété entrainera une baisse rapide et significative des émissions de gaz à effet de serre permettant à l’humanité de gagner une vingtaine d’années pour réussir son « chemin de décélération ». L’année 2020 est considérée par les scientifiques comme la date clef d’un possible emballement du dérèglement climatique, si nous n’avons pas entamé d’ici là des changements décisifs.
Face aux régressions sociale, écologique et démocratique, le laisser-faire n’est plus une option. Conscientes des périls, près de cinquante associations ont décidé de coopérer, inspirées par de multiples appels : Appel des Résistants aux jeunes générations lancé en 2004, appel de Serge Portelli lors d’un rassemblement organisé par l’association Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui au plateau des Glières en 2010, livre et propositions du mouvement #LesJoursHeureux, Manifeste convivialiste, appel d’Edgar Morin Changeons de Voie – Changeons de Vie, On continue ! d’Emmaüs, Le Chant des Colibris – L’appel du monde de demain du mouvement Colibris, Stop pauvreté d’ATD Quart Monde, appel de quinze mouvements sociaux intitulé Nos droits contre leurs privilèges, etc.
L’effondrement de notre civilisation n’est pas inéluctable. En dehors du jeu politique institué et du discours médiatique dominant, un autre monde se forme et bourgeonne de milliers d’initiatives. Un monde plus démocratique, soucieux du bien commun, des humains et de la nature dont ils font aussi partie. Un monde respectueux des équilibres naturels et de la qualité des liens que les humains tissent entre eux. Un monde conscient du besoin de justice sociale et de responsabilité écologique. Un monde qui veut en finir avec le néolibéralisme et la domination de la finance spéculative et de la corruption. Un monde qui refuse la monopolisation du pouvoir par une toute petite minorité d’ultra-riches ou d’ultra-violents. Un monde qui pose des limites au développement des technosciences (nanotechnologie, biotechnologie, numérique, sciences cognitives et intelligence artificielle, etc.) et qui refuse le transhumanisme.

Ce monde, qui se construit au-delà du Marché et de l’État, est celui de la société civique. Il se tient à l’écart des partis politiques, tout en intervenant dans le champ politique et en créant de l’espoir. Il se concrétise à travers d’innombrables solutions enthousiasmantes, qu’il est urgent de rendre pleinement visibles pour qu’elles suscitent d’autres initiatives innovantes. La multiplication de ces actions permettra, par un renouveau démocratique, l’avènement d’une société plus égalitaire, plus solidaire et plus conviviale. Ce qui manque encore à ce mouvement, qui émerge sur toute la planète, c’est la conscience de l’unité qui fait force.
L’Archipel Citoyen Osons Les Jours Heureux œuvre à ce regroupement décisif pour l’avenir.

Construisons ensemble cet Archipel Citoyen.
Dès maintenant.

Valeurs et principes communs

Pour que le processus d’appropriation citoyenne du politique se mette en marche, il est essentiel que celles et ceux qui sont déjà impliqués dans ce mouvement ou qui souhaitent le rejoindre se rassemblent autour d’un socle de valeurs communes. Ce socle de valeurs est une référence collective à promouvoir ensemble.

Nos valeurs communes

Toutes celles et ceux qui, jour après jour, inventent d’autres mondes, résistent au néolibéralisme et pratiquent « le changement que (nous voulons) voir dans le monde » sont animés par des valeurs communes. Ces valeurs, que nous souhaitons partager le plus largement possible, passent par des mots-clés : partage et équité, responsabilité et coopération, solidarité et dignité, respect et diversité, résistance et expérimentations, lucidité et sobriété, justice et paix, créativité et volonté. Ces valeurs sont portées par des récits, qui permettent de rappeler ce qui nous rassemble et qui est déterminant pour notre avenir. Aujourd’hui plus que jamais, nous faisons nôtre l’héritage du Conseil national de la résistance et appelons à construire des jours heureux. En ce sens, il importe de redonner du sens et du contenu à la devise de la République française : Liberté, Égalité, Fraternité.

Nos quatre grands principes

Les principes que nous partageons s’inspirent notamment de ceux qui sont décrits dans le Manifeste convivialiste.

  • Le principe de légitime individuation, ou encore d’accomplissement personnel, permet à chacun d’affirmer au mieux son individualité singulière, en développant sa puissance d’être et d’agir sans nuire à celle des autres. C’est un principe de liberté.
  • Le principe de commune socialité considère tous les êtres humains comme des êtres sociaux pour qui la plus grande richesse est celle des rapports qu’ils établissent entre eux. C’est un principe d’égalité.
  • Le principe de commune humanité interdit toutes les formes d’exclusion et de stigmatisation fondées sur les différences de couleur de peau, de nationalité, de religion ou de richesse, de sexe ou d’orientation sexuelle. C’est un principe de fraternité.
  • Le principe d’opposition maîtrisée et constructive affirme que l’objectif politique premier est de permettre aux êtres humains de vivre ensemble, de coopérer mais aussi d’être en désaccord, et de se donner sans se sacrifier. C’est un principe que l’on peut qualifier de républicain.

Tous les totalitarismes, les dictatures et les oligarchies, y compris celles de la finance, se sont opposés et s’opposent encore à ces quatre grands principes. Nous considérons qu’un État, un gouvernement ou une institution politique ne sont légitimes que s’ils les respectent.
Nous nous réclamons également d’une démarche qui s’inspire notamment de la Déclaration universelle des droits de l’Homme – adoptée le 10 décembre 1948 par 58 États membres – et nous nous engageons dans les Forums sociaux mondiaux et différents événements de dimension internationale.
Nous voulons contribuer à la construction d’une société qui ne soit pas aliénée à la croissance matérielle. L’émancipation individuelle et collective ne peut et ne doit plus reposer sur la démesure du PIB, de la richesse et du pouvoir, mais sur d’autres sources d’inspiration : engagement au service du bien commun, respect de la dignité de la personne, émancipation des femmes et de tous les êtres humains discriminés, volonté de coopération avec l’Autre, sobriété volontaire, respect de la nature.
La mutation vers une société du bien vivre est au cœur du projet de l’Archipel Citoyen Osons Les Jours Heureux. Cette Grande Transition écologique, sociale et démocratique n’appelle pas de militantisme sacrificiel. C’est au contraire le chemin le plus rapide vers un buen vivir, un bien vivre partagé avec le plus grand nombre, et cette transformation sociale suppose également une transformation personnelle.

Notre reliance

Tisser des liens au sein de la societe-civiqueAlliance des forces de la société civile qui œuvrent pour une Grande Transition écologique, sociale et démocratiqueEn savoir plus... est aujourd’hui impératif. C’est dans ces connexions entre les mouvements issus de la société civile que réside notre principale source d’espoir. Même s’il le désirait sincèrement, aucun gouvernement élu dans le monde ne disposerait aujourd’hui du pouvoir d’appliquer scrupuleusement les valeurs que nous défendons. Il se heurterait à l’oligarchie des détenteurs actuels des pouvoirs politique, administratif et économique. Le changement doit donc être porté par un très fort soulèvement citoyen, à l’échelle mondiale comme au niveau des territoires.
Comme « il est trop tard pour être pessimiste », il est de notre devoir de résister aux dérives d’un système insoutenable et inégalitaire, d’imaginer des sociétés justes et solidaires, et d’expérimenter de nouvelles activités et des pratiques innovantes qui préfigurent le vivre ensemble, le buen vivir et les jours heureux de demain.

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Voilà l’Archipel présenté simplement en quelques phrases et en visuels :
( Illustrations de Claire Usunier)

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Claude Henry – V2/début mars 2017)

La notion d’archipel a été souvent utilisée depuis trois ans dans le Collectif « Pouvoir citoyen en marche », continuation des « Etats généraux du pouvoir citoyen ». Elle est devenue pour beaucoup une « aide à penser » l’aventure intellectuelle et politique dans laquelle ce groupe s’est engagée face à la situation mondiale, courant 2013. Sans prendre le temps d’approfondir sa signification, même si nul n’ignorait qu’elle avait sa source dans la pensée du magnifique auteur Edouard Glissant, originaire d’une des îles de l’archipel le plus connu en France, celui des Caraïbes.

La notion évoquait tout de suite, pour qui la découvrait, une réalité tangible : celle de plusieurs îles rassemblées par une même géographie proche, mais que les chocs de l’Histoire avaient entrainé dans des cultures et des  institutions spécifiques. Se servir de cette analogie parlait directement à l’esprit – on peut même dire au cœur – de celui/celle qui percevait la diversité de nos organisations et qui voyait avec tristesse la difficulté pour cet ensemble de devenir une large force socialement utile et reconnue, dès lors que chaque structure était souvent trop prise par son quotidien et ses propres histoire et références.

Alors que la capacité de conviction de la notion s’étendait, certaines critiques lui furent adressées, sans que soit toujours compris jusqu’où elle avait sa pleine utilité, et là où il faudra la compléter. L’heure est donc venue de prendre le temps de relire avec soin ses origines, le « complexe d’idées » dont elle est formée.

I – Le contexte de son usage aujourd’hui

On peut estimer que la pensée de Glissant vient à propos pour nourrir la réflexion de plusieurs des associations françaises désirant construire entre elles quelque chose de commun, pour peser sur les sphères du politique et des media, pour proposer la Société Civique ([1]). Et lever ainsi quelques difficultés rencontrées, au delà de passerelles qu’elles ont pu lancer entre elles, depuis le début des années 2010, telles la préparation des EGR ([2]), la construction de plusieurs réseaux (dont les Colibris et le Pacte civique), des opérations comme « Libérons les élections » – en 2012 -, plus récemment le Collectif de la transition citoyenne et son Festival annuel, et à partir d’octobre 2013, ce qui deviendra le Collectif « Pouvoir citoyen en marche » ([3]).

Certes, nous ne sommes plus dans un univers esclavagiste, mais nous savons que la démesure et la maltraitance de la société-monde – Glissant propose de parler de mondialité , laissant le nom de mondialisation pour désigner la globalisation financière – exigent de nous « redresser », de nous mettre en situation de « créer » un mouvement immense de métamorphose humaine (voir « La cause humaine » de Patrick Viveret). En nous « créolisant » ? En créant une nouvelle langue et une nouvelle culture ? Nous sommes, en tant que Société civique, face aux « continents » des forces politiques et médiatiques qui entendent avec peine ce que nous portons ; nous avons aussi beaucoup de mal à nous organiser. Comment devons nous chercher à exprimer notre propre parole et notre imaginaire commun ?

Dans chacun de nos regroupements, la question de la différence vient vite à l’esprit, puis quand nous devenons nombreux, celle de la diversité ;  un point crucial apparaît alors : comment faire ensemble, se rassembler, se connaître ? Comment ne pas se laisser impressionné par le risque d’émiettement et de dispersion ? Et aussi, très vite, comment concevoir la gouvernance du regroupement…La crise de la représentation politique nous enjoignait à chercher à exprimer ce que portait en elle la société civile, les multiples alternatives développées en France depuis le surgissement de l’alter-mondialisme, sous les formes les plus diverses, de l’AMAP à la monnaie locale, du féminisme au retour du spirituel – bien au delà des tensions religieuses que l’on met en avant pour éviter de voir les aspects positifs de ce retour. Dans la plupart des domaines, des solutions, testées dans des réalisations d’ampleur significative, sont disponibles: agriculture, éducation, sante, qualité démocratique, finance solidaire, énergie, culture… Voir le petit livre « Et nous vivrons des jours heureux » Actes Sud.

On soutient ici que le « changement de paradigme » que nous recherchons nous met dans une situation qui n’est pas sans analogie avec ce que les dominés colonisés recherchaient et recherchent encore.


[1] On désigne sous ce terme la mise en commun de la société civile s’intéressant à la transformation sociale, de la société politique résolue à s’engager dans cette transformation et non à rester dans les seuls jeux de pouvoir, et de la société médiatique qui refuse de faire de la communication pour promouvoir les vertus du journalisme. Ce concept a été proposé par Patrick Viveret

[2] EGR Etats généraux du Renouveau, rencontres annuelles organisées à Grenoble pendant trois années (2010/2012), en janvier, par le journal Libération.

[3] Les organisations les plus actives dans « Pouvoir citoyen en marche » sont le Collectif Roosevelt, les Convivialistes, le Pacte civique, Pouvoir d’Agir, Le Labo de l’ESS, les Dialogues en Humanité, Chemin faisant…

II – Un examen attentif de la pensée d’Édouard Glissant,

Transmettre sans la trahir la pensée d’Édouard Glissant n’est pas simple, car, comme sa langue même, elle se développe en volutes successives et ses concepts principaux, tous faisant système entre eux, se trouvent dans des textes différents répartis dans divers livres – désignés ici par de simples sigles de repérage: POR « Poétique de la Relation », Gallimard, 1990 ; PR « Philosophie de la Relation », 2009; IL « Imaginaire des langues », 2010 (ces trois livres sont édités chez Gallimard).

On peut entrer dans l’univers mental d’Edouard Glissant de plusieurs manières, par intérêt pour les traces laissées par l’esclavage (Césaire, Nizan), ou par souci de connaître un imaginaire immense et bigarré, ou encore pour la beauté de la langue d’un des plus grands auteurs caribéens. Ou par tous ces chemins.

À titre d’exemple, et juste pour le plaisir de la lecture, voici comment en quelques phrases, il nous donne à voir un aspect de la beauté de l’île dont il est originaire.

« La plage du Diamant, dans le sud de la Martinique, vit d’une manière souterraine et cyclique. Dans les mois d’hivernage, elle se réduit à un couloir de sables noirs, venus on dirait des côtes d’en haut, là où la Pelée ramage ses frondaisons de laves brisées. Comme si la mer entretenait un commerce souterrain avec le feu caché du volcan. Et j’imagine ces nappées sombres en roule sur le fond marin, convoyant jusqu’à l’espace aéré d’ici ce que l’intensité du Nord a mûri de nuit et de cendres impassibles » (POR, page 135)

Puis un autre extrait, plus proche de notre intention actuelle :

« Penser que sa propre valeur entre dans un entrecroisement de valeurs, c’est un beaucoup plus grand, noble et généreux projet que celui de tenter que sa propre valeur devienne valable pour le monde entier » IL p 45

Raphaël Confiant a écrit sur Edouard Glissant, au moment du décès de ce dernier (février 2011): « Glissant est le premier, dans la sphère francophone en tout cas, à avoir analysé (et célébré) le processus de créolisation qui a donné naissance à nos sociétés, prenant congé d’un seul coup avec ce qu’il appelait nos arrière-mondes à savoir l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Mais prendre congé ne signifie nullement rejeter ou renier, comme insinuent certains esprits obtus, mais tout simplement vouloir habiter son lieu et son histoire.
Chercher à exprimer sa propre parole. Que nous le voulions ou nom, notre lieu de naissance est l’Habitation. C’est dans l’enfer esclavagiste que nos ancêtres se sont peu à peu redressés, qu’ils ont cessé d’être des sous-hommes ou des bêtes de somme et qu’ils ont créé de toute pièce une nouvelle langue et une nouvelle culture pour devenir des êtres humains à part entière. « Créole » vient du latin « creare » qui signifie « créer » ».

L’auteur de « Malemort », poursuit Raphaël Confiant, préférait partir à la recherche de ce qu’il a appelé « la poétique créole » c’est-à-dire cette manière particulière que nous avons, en tant que peuple, d’organiser notre discours, d’élaborer une rhétorique qui nous est propre.

http://blog.manioc.org/2011/02/hommage-edouard-glissant-par-raphael.html

Vient alors une question simple : Chacune de nos organisations de la société civique de transformation (SCT), tout en développant sa propre « poétique » ne peut-elle pas se penser, et être pensée, comme une ile d’un archipel, dans une dynamique de la Relation, telle que l’a proposée E.Glissant ? 

« La poétique n’est pas un état du rêve et de l’illusion, mais c’est une manière de se concevoir, de concevoir son propre rapport à soi-même et à l’autre et de l’exprimer » IL p.44

Deux  brèves citations supplémentaires vont nous rappeler à quel niveau l’auteur pose sa réflexion : celui d’une zone du monde dominée par la pensée coloniale drapée dans l’Universel, au regard duquel il veut construire une Relation plus égalitaire entre des Différents. Mais aussi dans un moment du monde où le métissage se généralise, dont il met en valeur la forme actuelle, qu’il appelle la « créolisation ». Relisons le :


« La différence, ce n’est pas ce qui nous sépare. C’est la particule élémentaire de toute relation. C’est par la différence que fonctionne ce que j’appelle la Relation avec un R ». IL page 91


« La pensée de la Relation ne confond pas des identiques, elle distingue entre des différents, pour mieux les accorder… Dans la Relation, ce qui relie est d’abord cette suite des rapports entre les différences, à la rencontre les unes des autres… La Relation se renforce quand elle (se) dit. Ce qu’elle relate, de soi-même et par soi-même, n’est pas une histoire (l’Histoire) mais un état du monde, un état de monde.
Il se réalise alors que la Relation n’a pas de morale, elle crée des poétiques et elle engendre des magnétismes entre les différents. La relation n’infère aucune de nos morales, c’est tout à nous de les y inscrire, par un effort terriblement autonome de la conscience et de nos imaginaires du monde » PR page 72

Mais pour qu’il y ait Relation, il faut que l’identité des différents qui se rencontrent soit assurée ; et Glissant de poser, bien avant les débats actuels sur les identités :

« L’identité n’est plus seulement permanence, elle est capacité de variation, oui, une variable, maitrisée ou affolée … L’identité comme système de relation, comme aptitude à « donner avec », est … une forme de violence qui conteste l’universel généralisant et requiert d’autant plus la sévère exigence des spécificités. Mais elle est difficile à équilibrer » POR 155/157

Si nous posons le métissage comme en général une rencontre et une synthèse entre deux différents, la créolisation nous apparaît comme le métissage sans limites, dont les éléments sont démultipliés, les résultantes imprévisibles. La créolisation diffracte…Elle emporte dans l’aventure du multilinguisme et dans l’éclatement inouï des cultures. Mais l’éclatement des cultures n’est pas leur éparpillement, ni leur dilution mutuelle. Il est le signe violent de leur partage consenti, non imposé. POR p 46/47

Le monde se créolise, toutes les cultures se créolisent à l’heure actuelle dans leurs contacts entre elles IL p32… Je peux changer en échangeant avec l’autre, sans me perdre et me dénaturer IL p 81

 En continuité avec cet appel à « l’identité comme système de relation », Glissant propose alors les trois concepts qui nous ont paru si adéquats à notre propre situation : l’identité-racine, l’identité-relation et l’archipel:

L’identité-racine

– est liée, non pas à une création du monde, mais au vécu conscient et contradictoire des contacts de culture ;

– est lointainement fondée dans une vision, un mythe, de la création du monde ;

– est sanctifiée par la violence cachée d’une filiation qui découle avec rigueur de cet épisode fondateur

– est ratifiée par la prétention à la légitimité, qui permet à une communauté de proclamer son droit à la possession d’une terre, laquelle devient ainsi, territoire

– est préservée, par la projection sur d’autres territoires qu’il devient légitime de conquérir – et par le projet d’un savoir.

L’identité-racine a donc ensouché la pensée de soi et du territoire, mobilisé la pensée de l’autre et du voyage

L’identité-relation

– est liée, non pas à une création du monde, mais au vécu conscient et contradictoire des contacts de culture ;

– est donnée dans la trame chaotique de la Relation et non pas dans la violence cachée de la filiation ;

– elle ne conçoit aucune légitimité comme garante de son droit mais circule dans une étendue nouvelle

– ne se représente pas une terre comme un territoire, d’où on projette vers d’autres territoires, mais comme un lieu où on « donne-avec » en place de « com-prendre »

L’identité-relation exulte la pensée de l’errance et de la totalité. POR page 157/158

III – En quoi la pensée de Glissant nous aide t-elle à voir autrement la triade identité/ relation/ réseau, et à mettre en commun nos forces tout en mettant à distance nos « egos organisationnels » ?

Par delà le style flamboyant de l’auteur, on rejoint la tension vécue par nos organisations : convaincues, souvent à juste titre, de l’importance de leur raison d’être, héritières chacune d’une histoire souvent honorable, prisonnières parfois de quelque rigidité et de cicatrices internes mal fermées, elles voient bien la nécessité de se relier pour compter dans la transformation collective souhaitée par un très grand nombre d’autres structures, avec le sentiment qu’il faut privilégier ce qui rassemble et laisser en retrait – sans le nier – ce qui divise, si on veut aller vers un changement assez radical d’un monde divers et dangereux, affronté à des problèmes communs colossaux,  l’épuisement des solutions de la mondialisation financière, la survie de l’humanité dans son éco-système, les flux migratoires, les nouveaux équilibres géo-politiques, etc… Dans la recherche de mutualisation que mène la société civile de transformation (SCT) dans nos pays, au sein de la grave crise quadruple du politique, de l’économique, du social et de l’environnement, et face aux pensées « continentales » des partis et aux pensées « communicationnelles » des médias, la métaphore de l’archipel va nous être  très utile. Chaque entité de la SCT peut être pensée comme une île d’un archipel. Chaque grand réseau/plateforme peut être considéré comme un archipel plus ou moins abouti, avec les caractéristiques que l’on verra plus bas.  Et des archipels d’archipels peuvent apparaître. La diversité de nos

organisations résonne bien avec l’image d’une multitude d’iles…parfois même avec celle d’une poussière d’îles…

Dans un archipel physique, il n’y a pas de centre, chaque ile construit son chemin, porteur de sa propre culture, de sa « poétique », dans son « lieu », ouvert aux autres, et en recherche de construction archipélique avec les « îles » les plus proches – ou avec des îles dans d’autres archipels. Il s’en suit des « créolisations » entre iles voisines qui s’étendent bientôt aux iles plus éloignées puis vers d’autres archipels. Bien que certaines îles portent plus que d’autres l’énergie de créolisation, toutes les îles et archipels sont travaillés par le désir de Relation.

Glissant n’a pas donné d’éléments concrets qui permettent d’expliquer l’émergence et le développement de l’archipel. On peut même dire qu’il n’a pas construit « théoriquement » ce concept. Il l’a défini plus comme potentialité, permettant d’échapper au risque de la pensée « continentale » qui peut être portée – et imposée – par certaines îles, qui peuvent avoir la tentation de reconstruire un « universel », à partir de leur « lieu », et au risque « d’un engluement, d’une dilution ou d’un arrêt dans des agglomérats indifférenciés » POR page 156

Dans cette perspective positive, chaque entité a son « lieu », sa « poétique », son identité. Cette dernière est entretenue comme identité-relation, à partir d’une identité-racine, respectée, mais guérie de tout désir de devenir universelle. L’identité-relation favorise la créolisation qui à son tour renforce l’identité-relation. L’appartenance à « mon lieu » et la relation sont alors « secrétées » ensemble. Alors l’archipel se développe et grandit.

C’est la nécessité de faire plus qu’une simple mise en réseau, de devoir et de vouloir s’organiser entre organisations de la SCT pour peser face à la crise politique, pas seulement en France, qui a déclenché l’intérêt de reprendre cette idée en tentant de la mieux construire, d’aller au delà de la métaphore.

C’est ainsi que, courant 2013, plusieurs organisations françaises se sont regroupées, avec un moment fondateur en octobre de la même année. Et depuis ce moment jusqu’à aujourd’hui, début 2017, elles ont fait vivre une forme organisationnelle originale, autour d’un « centre » représenté par un comité de « pilotage » qui a trouvé tant bien que mal son équilibre et son utilité. Les quelques limites rencontrées, une certaine sous-organisation en particulier, n’ont pas empêché une reconnaissance par l’extérieur de la pertinence de cette approche, dont on peut dégager, à partir de cette expérience, quelques principes.

L’énergie vient des îles elles-mêmes. Le niveau de l’archipel (le « centre ») n’est pas en surplomb. Il n’est pas fédérateur ; il est au service de la dynamique des îles.

Les îles, souvent, ont une connaissance limitée de l‘identité-racine de leurs voisines. Si la diversité des îles est vécue comme une force, il est nécessaire de se mettre en position de l’accueillir, de ne pas la considérer à priori comme « dispersive » , mais au contraire de construire les conditions pour qu’elle ne le soit pas. La reliance est donc primordiale ; elle demande des temps spéciaux, pour ne pas rester superficielle, et doit être conduite dans la durée. Elle passe beaucoup par les contacts directs, mais aussi des actions communes, qui renforcent les identités-relation.

En revanche, il est bon de demander à chaque personne qui investit du temps dans l’archipel de ne pas être le porte parole de sa seule individualité, mais d’être le messager, dans les deux sens, avec la ou les organisations dont elle se sent la plus proche Le « centre » de l’archipel doit être attentif à rester vide de « pouvoir de décision politique » ; ce dernier est issu des îles.
Cette alchimie particulière se construit au cours du temps, à travers échanges et actions communes. Sur une opération donnée, une île prend une position de « premier de cordée », les autres appuyant son action et mobilisant leurs propres membres. Mise

en situation de leadership pendant un temps, cette île met en visibilité son identité-racine et la mobilisation des autres la met en partage ; simultanément l’identité-relation est ainsi renforcée.

L’archipel fait vivre le principe de subsidiarité : les fonctions archipéliques sont celles que ne peuvent pas assumer seules chacune des îles.

S’il doit rester vide de pouvoir, le centre a un pouvoir « d’animation » de la diversité/cohérence entre les îles.

Pour cela, un petit groupe d’animation est nécessaire, assurant le lien entre les îles (dans les deux sens), impulsant et faisant vivre la démarche, avec l’appui et sous contrôle des îles.

Ce groupe est composé de représentants des îles et de quelques personnes compétentes, bénévoles et salariées, capables d’assurer les fonctions, outre du suivi quotidien, celles de construire une pensée et une communication collectives, des événements communs, de participer à une concertation avec d’autres archipels… Des moyens en temps humains et en ressources financières, même modestes, doivent être trouvés, de préférence auprès des îles. Le financement participatif, impossible naguère, est maintenant à portée de main. Les outils numériques collaboratifs sont mis le plus possible au service ces dynamiques

Les techniques d’animation sont aussi mises à profit: au cours du temps ont été pratiquées : les rendez-vous de la convivialité, les auditions partagées, la construction des désaccords, les mises en pratique de la qualité démocratique et du convivialisme…

Et aussi des techniques de développement personnel comme la révolution intérieure, en particulier la  non-violence. Nous nous sommes beaucoup nourris de la réflexion sur les interactions entre transformation personnelle et transformation sociale

Un rapport apaisé au savoir, à la connaissance, et aux pratiques collaboratives – en se méfiant de la prise de pouvoir individuel – est nécessaire, sachant que nous sommes issus d’une culture qui sous-valorise la coopération et la fraternité.

Privilégier ce qui nous rapproche par rapport à ce qui nous éloigne. L’expérience de la construction de désaccords nous a appris que la recherche du cœur d’un désaccord – qui peut subsister, bien entendu – met en lumière tous les points d’accord.

Résumons :

Un archipel fabrique un équilibre subtil entre le désir de chaque île de garder son histoire, ses références, son fonctionnement (son identité-racine) et l’autre désir de la même île de se lier avec d’autres pour faire plus que ce qu’elle fait seule (construire son identité-relation), il faut penser d’abord une posture, puis des outils adéquats .Quand un archipel démarre, surtout dans une certaine urgence, il faut juste travailler la reliance et produire le minimum de contenu; quand l’archipel se développe, très vite, les îles demandent que soit accessible le résultat du travail qu’elles accomplissent en appui les unes des autres (ou des espoirs qu’elles partagent !). Il suffit alors de développer les mêmes outils, sans que le groupe d’animation de l’archipel– souvent appelé copil – ne prenne le « pouvoir politique»- celui-ci continue à venir des îles -, mais bien le « pouvoir d’animation », avec la capacité de trouver les ressources humaines nécessaires, normalement avec l’aide des îles. L’archipel peut se développer en accueillant d’autres îles. En soignant toujours la qualité relationnelle et la fluidité des engagements. Le développement de liens avec d’autres archipels est le mode à privilégier, avant de franchir – éventuellement – le pas d’un archipel plus vaste. Qui est, préférentiellement, un archipel d’archipels, chacun de ces derniers gardant son identité-racine et développant son identité-relation. Un copil nouveau doit alors être formé.

Le modèle de l’archipel est un modèle fractal.

IV – En quoi les limites de cette expérience du Pouvoir Citoyen en marche, dans la conjoncture 2017 nous indique un chemin sur le plus long terme ?

IV – 1 Alors que se déroule la séquence électorale de 2017, avec les lourdes incertitudes que peut engendrer un milieu politique décrié et émietté, plusieurs projets de « grand rassemblement » des citoyens se font jour. Cette situation est vraiment une première. La portion de la société civile qui désire un changement significatif ne s’est jamais retrouvée dans une telle situation depuis la guerre, et elle doit inventer, dans une certaine urgence, les moyens de s’organiser pour rassembler ses convictions, se faire entendre à travers un milieu médiatique qui, sans l’ignorer, émiette les informations sur les initiatives qu’elle porte, tout occupé qu’il est à transmettre en continu les jeux de pouvoir entre écuries politiques, et les informations sur les désastres du monde…

 IV – 2 Il faut maintenant s’interroger, avant de conclure, sur les limites de l’archipel, tel que nous lui avons donné vie. Celui-ci est un outil de rassemblement, dans une situation hautement nouvelle, nous l’avons dit, produite par l’affaissement des partis politiques dans leur ambition à inventer le monde qui vient et à la cécité des forces économiques dominantes, en particulier financières.

Cet outil de pensée n’éclaire pas sur le fantastique travail institutionnel dont notre pays a besoin pour s’organiser autrement, bien qu’il permette d’en éclairer les principes. Il ne traite pas des nouveaux équilibres de droits et de pouvoirs dans une société nouvelle ; il est adéquat comme outil de résistance, de créativité citoyenne, d’exigence de régulations nouvelles, donc de nouveaux rapports de force. En revanche, ce n’est nullement un outil de régulations quelque peu pérennes, qu’elles soient nationales ou géo-politiques.

Nous voulons que le « milieu politique » évolue profondément, non pas le remplacer ; aider à le reconstruire par la présence et la poussée citoyenne. Nous avons œuvré pendant assez longtemps à la mise en visibilité de nos réussites pour vouloir bousculer ce milieu auto-reproduit, et la part des média qui l’accompagne en lui servant de chambre d’écho.

Nous sommes convaincus qu’une autre manière de faire de la politique est non seulement nécessaire, mais possible. Nous soutenons l’action de nombreux élus – pas de tous !

C’est dans cette phase très particulière que nous expérimentons l’utilité de l’essor de nouveaux archipels citoyens et de leur fonctionnement en archipel d’archipels. Ceci pourra être très utile dans le moyen terme qui suivra la séquence très particulière de l’élection présidentielle ; d’abord pour les autres séquences électorales, mais aussi bien au delà ; dans des conjonctures qu’il est bien impossible d’imaginer, vu l’importance de la première élection et de son poids -excessif – dans la vie de notre pays. Si nous réussissons ces séquences proches, en participant à écarter les projets les plus sombres, les archipels que nous aurons construits auront sans doute redonné à nombre de citoyens le goût de prendre plus de temps pour la vie collective car ils auront perçu qu’ils peuvent être entendus et que leur expérience peut servir.

Le développement de ce nouvel intérêt pour la chose publique permettra alors de nouvelles formes de pratiques politiques, dès lors qu’aura pu être écarté, espérons le, les oiseux de malheur qui se nourrissent de nos faiblesses collectives actuelles.

La « réappropriation citoyenne du politique » n’est pas la tâche d’une année ; c’est un processus long. Nous en sommes au début. Les mises en pratique du concept d’archipel nous a aidé à faire les premiers pas et à engager les suivants.  

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Glissant a développé un compagnonnage avec Gilles Deleuze et Félix Guattari autour de la déconstruction de l’imaginaire dominant et pour repenser, sur les ruines fumantes du marxisme et de la dictature du prolétariat, le cadre de pensée d’une alternative à l’échelle de la planète.

La poétique, n’est pas une philosophie, ni une politique portée par une idéologie, mais quelque chose qui a trait, à la fois, à la pensée, à l’utopie, au sensible et au vivant.
Dans son dialogue avec Edgard Morin, sur la question des systèmes ouverts ou fermé l’ennemi c’est le système de pensée qui s’énonce dans la pensée de système…
Il part du principe que les systèmes fermés sont soumis à la loi d’entropie, les énergies qui circulent à l’intérieur vont s’épuiser et le système va s’effondrer, s’il ne se ressource pas. La proposition d’Edgard Morin (à la suite des travaux de l’école de Palo Alto) est qu’il faut réussir à penser la notion de système, à priori fermée, avec la nécessité d’une ouverture, nous rendant possible non pas des mutations prévisibles, mais des métamorphoses imprévisibles… On peut penser à ce phénomène de la chrysalide et du vers qui se transforme en papillon.

Pour Glissant la réponse au système fermé c’est la poétique : une acceptation du tragique du monde… l’acceptation d’une part d’imprédictible, une part de sensible et de vivant au cœur de nos décisions… non pas un renoncement à la pensée mais la reconnaissance qu’aucune domination n’est durable et que nous créons dans un monde chaotique mais vivant.
Le chaos est une approche de la complexité sociale qui se mesure désormais à l’aide d’outils développés à partir de la physique quantique, d’une science et d’une pensée du chaos. Glissant entretient un dialogue passionné avec ces scientifiques qui travaillent sur la pensée du chaos.

Chaque fois qu’on va essayer d’uniformiser la pensée, on va aller vers cette tyrannie, la pensée unique, qui va produire la Tragédie (histoire d’une genèse mythique)… la Genèse, c’est un texte sacré qui va légitimer l’appropriation du sol par un groupe. A partir du moment où cette terre appartient prétendument à tel groupe de population ça va autoriser la pensée du territoire, qui va mener à une sacralité de la Loi et de la langue qui ont posé le texte de la Genèse : le type de raison qui, à son tour, produit la nation… C’est-à-dire une pensée du Même, une espèce de logique du mimétisme qui va nier la présence de l’autre, de l’altérité ; et donc la pensée de l’unité nationale ou raciale va toujours produire ce retour à une racine unique, à une homogénéisation du monde, à une suppression ou réduction de sa diversité, produisant peur et angoisse envers cette diversité pragmatique du monde…

L’image de l’archipel est essentielle contre la pensée unique. Dans la Caraïbe, il y a une unité de populations malgré les morcellements géographiques, institutionnels et coloniaux, ce sont les mêmes populations, sur des îles distantes de 20 à 30 km, qui se voient les unes les autres. Pourtant, sur une île ça donne le reggae, sur une autre la salsa, là le soca et là le zouk… Avec les mêmes matériaux, les mêmes populations, le même fond, on a une diversité de formes, qui relève d’une unité culturelle et d’une diversité dans l’unité. Ce jeu aléatoire des mêmes éléments constitutifs donne des choses imprévisibles, des chatoiements et des ramifications interminables. C’est ce processus là qu’Edouard Glissant appelle créolisation. C’est-à-dire, s’ouvrir aux logiques infinies du chaos. L’identité rhizome

Glissant, Deleuze et Guattari s’enrichissent mutuellement et notamment autour d’une pensée de l’identité et de cette pensée du rhizome. En quelques mots, la pensée du rhizome découle d’une critique de la pensée unique. L’identité ayant été pensée comme une chose uniforme posée à partir de l’expérience occidentale du monde. Donc ils vont se mettre à réfléchir à la question du dépassement de cette pensée.
Ils vont poser le postulat suivant : il n’y a pas qu’une forme d’identité. Ils distinguent deux formes d’identités :

  • Les civilisations fortes, qui ont une longue durée, et qui ont pu poser une genèse et un texte sacré, qui s’approprient le sol en termes de territoire et qui vont sacraliser une langue. On peut penser à toutes ces civilisations fortes, aussi bien européennes que les anciennes civilisations africaines, ou asiatiques. Très souvent elles vont avoir pour symbole un grand arbre majestueux, qui s’enracine très profondément dans la verticalité. A ce propos, il y a un proverbe en Afrique, qui dit que rien ne pousse à l’ombre du baobab… Le grand arbre est majestueux, certes, mais il tue son environnement, il est seul. Il règne seul sur son écosystème, de manière totalitaire.
  • A côté de ce type d’identité, qu’ils appellent identité atavique, qui est l’identité des peuples majestueux forts, Glissant, Deleuze et Guattari proposent l’identité rhizome.
    L’identité rhizome serait une identité qui ne s’approfondit pas en verticalité, qui s’étend en horizontalité, qui s’adapte aux accidents du sol et qui concilie les différentes espèces. Ce n’est ni exclusif, ni invasif. Le rhizome est apaisé avec son environnement et il ressurgit de manière imprédictible. Il fait des troncs et des noeuds -on ne peut pas prévoir où, ça va ressortir de manière inopinée. C’est la confrontation de ces deux types d’identité qui va leur permettre d’essayer d’imaginer une autre forme d’être au monde. Et notamment, ces auteurs résonnent beaucoup pour ces populations, qu’Hannah Arendt appelait les « sans Etat », ces gens poussés pour multiples raisons sur les chemins du monde, ces exilés ou ces migrants, ces gens qui portent leur patrie en eux, qui n’ont plus d’Etat pour les défendre, qui ont été rejetés par ces Etats, qui se retrouvent dans des situations non définies, indéfinissables.

Créolisation

On va retrouver cette idée du rhizome au niveau de l’opposition entre mondialisation et mondialité. Mais d’abord, la créolisation : nous l’avons vu, la créolisation c’est ce processus où, contrairement au métissage, qui produit un résultat prévisible, les individus, les cultures vont se rencontrer et produire des choses de manière imprédictible. Des retombées dont, à l’avance, on ne peut pas prévoir les résultats. C’est ce qui spécifie la forme de la créolisation par rapport au métissage. La créolisation est un processus et non pas une essence. Glissant dit donc que la créolité antillaise et la plantation antillaise sont une forme de créolisation qui n’a aucune légitimité spécifique à s’imposer aux autres types de créolisation. Toute forme de créolisation a son contenu et ses logiques propres. Notamment celles qui s’accélèrent actuellement du fait de la mondialisation…

La Relation

Le concept de Relation est la considération que notre identité n’est pas définie en soi mais définie par opposition, relativement, en système et en dialogue. Je dirais, définie en ramification infinie, jamais fermé en soi, toujours avec justement l’irruption de cette mise en réseau du monde. Ce dernier fait que des choses incroyables, des gens improbables, des peuples et des langues qu’on avait même plus pensés, qu’on avait oublié ou qui nous sont inconnus, arrivent à nous et nous touchent nous contactent et nous contaminent… Donc, aujourd’hui, on ne peut plus raisonner, on ne peut même plus écrire dans une tour d’ivoire.

Mondialisation vs mondialité

Glissant dit : « j’écris en présence de toutes les langues du monde ». C’est-à-dire que la condition humaine aujourd’hui nous est donnée à travers cette mise en relation du monde. On en parle à travers la catégorie de la mondialisation. Pour lui, la mondialisation est le négatif infernal d’une réalité dont l’endroit positif serait -ce qu’il appelle- la mondialité. La mondialité c’est ce qui se passe lorsqu’on met frénétiquement en contact différentes parties du monde et de manière accidentelle, imprévisible et incalculable. Des gens se rencontrent, des histoires se nouent, des langues se créent, des imaginaires se métissent, des choses se passent… On en vient de toute part du monde à une intuition, l’intuition qu’on pourrait mettre nos utopies en relation…

La volonté de l’utopie est forte chez lui, parce qu’il se rend bien compte que pendant longtemps on s’est déterminé en fonction du passé, c‘est toujours notre passé – notre passé esclavagiste, de dominé – qui nous détermine dans notre action d’aujourd’hui ; or le basculement sur l’utopie nous projette dans le futur. Par contre, au sujet de l’utopie il est vraiment très prudent. Ce n’est pas une utopie à réaliser qui se réalisera. C’est une utopie qui avancera devant nous, sans cesse, parce qu’elle aura toujours à intégrer les utopies des autres. Ce ne sera jamais une utopie d’une partie du monde, ni d’un moi, d’un Je. Ce serait toujours une utopie vouée à rencontrer d’autres utopies et cherchant comment on peut produire quelque chose qui soit un universel pour tous, sans exclusive.

Le tout-monde / le chaos-monde

On revient à ce constat du début. On est parti de l’universel des Lumières qui était un universel pour le club blanc et qui n’a pas fonctionné pour les peuples colonisés, pour les peuples que l’universel, précisément, excluait comme acteurs libres… Comment, aujourd’hui, peut-on essayer de concevoir une forme d’approche de la relation de Tous sur la terre ? Ce qui est marrant avec lui – c’est peut-être la première question que je lui ai posée – « Pourquoi vous ne dîtes jamais l’humanité ? Vous dites les humanités ? Est-ce parce que l’humanité est encore en projet ? ». Il dit qu’il faut que les humanités se veuillent, se désirent, pour se rencontrer et que, de cette rencontre, naisse l’imaginaire partagé de ces humanités reliées. Il n’y a pas de vision qu’on ait déjà atteint l’humanité… Non, il y a encore des mondes sur cette Terre, on n’est pas encore dans un moment où on pourrait dire LE monde.

Il n’envisage pas une uniformité, une continuité physique qui rétrécirait le monde… Mais plutôt la posture qui postule une relativité de chacun, un interdit de se sentir supérieur ou plus indispensable… Personne ne peut ne pas anticiper l’Autre…

La mondialité c’est un chaos monde parce qu’à travers les mailles du Système, elle est faite de rencontres éparses improbables, incroyables, de réseaux discontinus, de gens venus de parties du monde qui ne se connaissaient même pas et vont fonder ensemble des actions. C’est un chaos-monde parce que les grandes structures qui maintiennent l’apparence d’une continuité stable, sont impuissantes à contrôler la masse des flux et les niveaux infra de la société. Le chaos tient

à la taille des failles, des angles morts internes au Système. Dans les zones d’ombre qui entoure la ville-lumière, il y a d’infinies possibilités alternatives. Il n’y a pas une pensée unifiée, linéaire, organisée. Il y a des discontinuités, il y a des réseaux, des passerelles, des archipels. La proposition du Tout-Monde me semble combler le vide laissé par la récusation de l’Universalisme des Lumières (la pensée eurocentrée de l’Un rationnel). Le statut épistémologique du Tout-Monde mêle les approches économiques et socio-anthropologiques d’une dimension matérielle à des modes de connaissance, de praxis ou de ressenti de la réalité de l’ordre du sensible (la poésie, le tragique, le symbolisme, l’ésotérique, le vitalisme etc…) En fait il s’agit de penser la manière nouvelle dont coexistent, désormais, les imaginaires, les cultures et les individus sur la planète Terre, réorganisée par la mondialisation, et sous les tremblements infinis de la mondialité…

Le Tout-Monde que Glissant formalise mêle à la fois la réalité des rapports sociaux, des échanges culturels, et les représentations (utopies) que nous nous en faisons. Ce nouvel universalisme ne se ferme sur aucune pensée de système mais insiste sur le fait que nulle entité vivante –connue ou inconnue – ne pourra, par principe, en être exclue. Le Tout-Monde introduit à la pensée d’une totalité « innumérable » [réalité finie mais qu’on ne peut concrètement déconstruire ou énumérer, comme un banc de poisson] qui englobe l’humanité en toutes ses parts réelles et rêvées…

Headings

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Blockquotes

Single line blockquote:

Stay hungry. Stay foolish.

Multi line blockquote with a cite reference:

People think focus means saying yes to the thing you’ve got to focus on. But that’s not what it means at all. It means saying no to the hundred other good ideas that there are. You have to pick carefully. I’m actually as proud of the things we haven’t done as the things I have done. Innovation is saying no to 1,000 things.

Steve Jobs – Apple Worldwide Developers’ Conference, 1997

Tables

Employee Salary
John Doe $1 Because that’s all Steve Jobs needed for a salary.
Jane Doe $100K For all the blogging she does.
Fred Bloggs $100M Pictures are worth a thousand words, right? So Jane x 1,000.
Jane Bloggs $100B With hair like that?! Enough said…

Definition Lists

Definition List Title
Definition list division.
Startup
A startup company or startup is a company or temporary organization designed to search for a repeatable and scalable business model.
#dowork
Coined by Rob Dyrdek and his personal body guard Christopher « Big Black » Boykins, « Do Work » works as a self motivator, to motivating your friends.
Do It Live
I’ll let Bill O’Reilly will explain this one.

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Welcome to image alignment! The best way to demonstrate the ebb and flow of the various image positioning options is to nestle them snuggly among an ocean of words. Grab a paddle and let’s get started.

On the topic of alignment, it should be noted that users can choose from the options of NoneLeftRight, and Center. In addition, they also get the options of ThumbnailMediumLarge & Fullsize.

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The image above happens to be centered.

Image Alignment 150x150The rest of this paragraph is filler for the sake of seeing the text wrap around the 150×150 image, which is left aligned.

As you can see the should be some space above, below, and to the right of the image. The text should not be creeping on the image. Creeping is just not right. Images need breathing room too. Let them speak like you words. Let them do their jobs without any hassle from the text. In about one more sentence here, we’ll see that the text moves from the right of the image down below the image in seamless transition. Again, letting the do it’s thang. Mission accomplished!

And now for a massively large image. It also has no alignment.

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The image above, though 1200px wide, should not overflow the content area. It should remain contained with no visible disruption to the flow of content.

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And now we’re going to shift things to the right align. Again, there should be plenty of room above, below, and to the left of the image. Just look at him there… Hey guy! Way to rock that right side. I don’t care what the left aligned image says, you look great. Don’t let anyone else tell you differently.

In just a bit here, you should see the text start to wrap below the right aligned image and settle in nicely. There should still be plenty of room and everything should be sitting pretty. Yeah… Just like that. It never felt so good to be right.

And just when you thought we were done, we’re going to do them all over again with captions!

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Look at 580×300 getting some caption love.

The image above happens to be centered. The caption also has a link in it, just to see if it does anything funky.

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Itty-bitty caption.

The rest of this paragraph is filler for the sake of seeing the text wrap around the 150×150 image, which is left aligned.

As you can see the should be some space above, below, and to the right of the image. The text should not be creeping on the image. Creeping is just not right. Images need breathing room too. Let them speak like you words. Let them do their jobs without any hassle from the text. In about one more sentence here, we’ll see that the text moves from the right of the image down below the image in seamless transition. Again, letting the do it’s thang. Mission accomplished!

And now for a massively large image. It also has no alignment.

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Massive image comment for your eyeballs.

The image above, though 1200px wide, should not overflow the content area. It should remain contained with no visible disruption to the flow of content.

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Feels good to be right all the time.

And now we’re going to shift things to the right align. Again, there should be plenty of room above, below, and to the left of the image. Just look at him there… Hey guy! Way to rock that right side. I don’t care what the left aligned image says, you look great. Don’t let anyone else tell you differently.

In just a bit here, you should see the text start to wrap below the right aligned image and settle in nicely. There should still be plenty of room and everything should be sitting pretty. Yeah… Just like that. It never felt so good to be right.

And that’s a wrap, yo! You survived the tumultuous waters of alignment. Image alignment achievement unlocked!

blog4

Default

This is a paragraph. It should not have any alignment of any kind. It should just flow like you would normally expect. Nothing fancy. Just straight up text, free flowing, with love. Completely neutral and not picking a side or sitting on the fence. It just is. It just freaking is. It likes where it is. It does not feel compelled to pick a side. Leave him be. It will just be better that way. Trust me.

Left Align

This is a paragraph. It is left aligned. Because of this, it is a bit more liberal in it’s views. It’s favorite color is green. Left align tends to be more eco-friendly, but it provides no concrete evidence that it really is. Even though it likes share the wealth evenly, it leaves the equal distribution up to justified alignment.

Center Align

This is a paragraph. It is center aligned. Center is, but nature, a fence sitter. A flip flopper. It has a difficult time making up its mind. It wants to pick a side. Really, it does. It has the best intentions, but it tends to complicate matters more than help. The best you can do is try to win it over and hope for the best. I hear center align does take bribes.

Right Align

This is a paragraph. It is right aligned. It is a bit more conservative in it’s views. It’s prefers to not be told what to do or how to do it. Right align totally owns a slew of guns and loves to head to the range for some practice. Which is cool and all. I mean, it’s a pretty good shot from at least four or five football fields away. Dead on. So boss.

Justify Align

This is a paragraph. It is justify aligned. It gets really mad when people associate it with Justin Timberlake. Typically, justified is pretty straight laced. It likes everything to be in it’s place and not all cattywampus like the rest of the aligns. I am not saying that makes it better than the rest of the aligns, but it does tend to put off more of an elitist attitude.

Les représentants de chaque “île” se réunissent périodiquement dans une ’Assemblée du Lagon”.

Ainsi, métaphoriquement, cette assemblée ne se réunit pas dans les hauteurs, ni ne surplombe les îles. Les représentant se retrouvent autour du lagon situé au niveau de l’océan, exprimant ainsi ainsi la volonté d’horizontalité dans la prise de décision, chaque représentant des îles étant au même niveau, celui de l’océan, donc le niveau le plus bas de toutes les îles de l’archipel.
Cette assemblée n’a pas besoin de se réunir dans un siège prestigieux ou une construction affirmant son pouvoir : le sable lui suffit.

Le lagon n’est pas la propriété de l’une ou l’autre des îles, ce qui présenterait le risque – même inconscient – d’affirmer la domination de cette île sur les autres.
Par ailleurs lagon n’est pas un lac coupé de l’océan : il communique avec lui par un chenal ou une passe. Les décisions prises ne doivent pas ignorer l’océan, c’est-à-dire le monde au-delà de l’archipel : l’eau de l’océan est aussi celle du lagon.

Enfin, le lagon n’est pas situé sur une île, qui serait dès lors tentée par se l’approprier, quelquefois même sans intention préconçue : il est l’un des éléments du Commun co-construit par l’archipel.

Les rivages, donc les frontières naturelles des îles d’un archipel, sont toutes baignées par une mer (les Cyclades en Mer Egée, les 180 000 îles de l’archipel finnois Saaristomeri en mer Baltique…) ou, si celle-ci est très vaste, par un océan (les Açores, les Galapagos …).

Mer ou océan “relient” donc les îles d’un Archipel, en sont un élément commun, puissant facteur de reliance et d’identité culturelles et économiques entre les îles.
Le mot “archipel” vient par ailleurs de l’italien arcipelago, issu du grec ancien Aigaíôn pélagos, c’est-à-dire “la mer Égée”, mer qui composait le monde des grecs anciens.
Ayant la caractéristique d’être parsemée d’îles, le nom propre est devenu nom commun. Pelagos représente donc l’Océan et l’Archipel peut être vu comme une grande étendue de mer, le même océan dans lequel baignent toutes ses îles.

Dans la symbolique métaphorique d’une organisation en Archipel, l’Océan représentera donc ce qui unit les îles, mais aussi ce qui les relie malgré leur absence de frontière terrestre.

Il y a aussi de la vie et du mouvement, une histoire dans l’Océan, dont l’oubli dans nos cartographies mêmes est assez révélatrice de l’anthropocentrisme de nos sociétés. 
Pourtant les photos prises de l’espace nous montrent une immensité de mers et de terres sur notre planète sont elles-même un archipel-monde baignées en réalité par un seul océan comme le montre avec évidence la représentation de la Terre selon une projection de Fuller :

Une autre projection, dite de Spilhaus, nous montre une cartographie du Monde orientée Océan.

Les régions marines y sont représentées au centre du monde. Une immense mer intérieure (un peu plus de 70% de la surface de la Terre) apparaît sous nos yeux. Rappelons tout de même que l’Océan mondial génère plus de 60% des services écosystémiques qui nous permettent de vivre, à commencer par la production de la majeure partie de l’oxygène que nous respirons. Cette carte est ainsi toute symbolique de l’importance des mers.

A noter que le drapeau des Nations-Unies représente lui aussi une sorte d’archipel planétaire … mais l’inverse d’une projection de Spilhaus où l’Antarctique est au centre, la version onusienne oublie étonnamment ce sixième continent une fois et demi grand comme l’Europe, et pièce maîtresse du climat mondial !

Dans une pirogue n’embarquent non une ou deux personnes (ce n’est ni un canoë, un kayak ou un pédalo !), mais un groupe restreint (par exemple de 5 à 15 équipiers) réunis pour un objectif commun.

L’équipage détermine le trajet qui sera suivi par la pirogue, les modalités de son organisation, la répartition des postes ainsi que les moyens et les vivres nécessaires à la mission.
Une pirogue n’est ni conçue ni construite pour un voyage au long cours mais pour une navigation de courte durée, ayant un objectif précis. Une fois la pirogue revenue à terre, l’équipage constitué pour sa mission n’a pas vocation à perdurer.

Enfin les équipiers doivent absolument s’entendre entre-eux pour avancer avec efficacité. Et s’ils viennent d’îles différentes, ils auront au terme de la navigation appris à travailler ensemble, de façon harmonieuse et efficace.

L’analogie avec un groupe-projet est éclairante !

Le voilier-atelier est une instance opérationnelle et au service de la communauté dont les missions sont fixées par l’assemblée du Lagon.

Ce n’est pas une île, ni une entité créée par une île ou un groupe d’îles : il est une création collective de l’Archipel.
Il se comporte donc comme un voilier qui naviguerait au sein de l’Archipel, sans port ni île d’attache, mais au service de l’Archipel. Un voilier dont les caps et les missions seraient fixées de façon collective par l’assemblée du Lagon (qui en donc en quelque sorte son “armateur”) mais pas par l’équipage (les “timoniers”), chargés du bon déroulement de ses missions.

Mais ce voilier est aussi un atelier car il peut disposer de moyens, d’un “outillage” commun au service de toutes les îles.

Celles-ci, au sein d’un même archipel, peuvent être dissemblables mais chacune à ses spécificités, son histoire, ses coutumes et ses dialectes : c’est leur identité-racine. Et toutes développent aussi de multiples échanges (familiaux, commerciaux, politiques) avec les autres îles : c’est leur identité-relation.

De même dans un collectif d’organisation, chaque entité qui le compose à une histoire, des particularités qui fondent son identité-racine. Et chacun établit des relations, plus ou moins étroites et denses avec les autres. 

Une organisation en Archipel, tout en respectant les identités-racines de chacune des entités (= îles) qui le compose, va constituer un environnement favorable aux développement des relations non seulement des îles de l’Archipel entre elles mais aussi des îles vers d’autres entités extérieures à l’Archipel.

Pendant cette période, nous avons fait plus qu’expérimenter la forme d’organisation nouvelle que nous avons appelée “archipel”, détaillée plus bas. Nous en avons ressenti les conditions de pertinence et de continuité. Et nous avons travaillé et testé ces dernières.

En effet, derrière cet « outil pour l’action en commun » au bel imaginaire ultra-marin, des conditions de possibilité sous-jacentes et essentielles sont présentes, principalement trois.

  • L’attention au monde à inventer et le souhait de transformation sociale, si présents dans notre expérience, exigent de faire évoluer les modes de fonctionnement présents, tant des collectifs que des individus qui les constituent. Pour cela, il est nécessaire de s’interroger à intervalle régulier sur les relations de pouvoir à l’intérieur de nos collectifs, leur degré d’ouverture, leur manière de gérer les conflits internes. Pour chacun des membres d’un collectif, il s’agit de prendre la mesure de son fonctionnement intime, de sa capacité d’écoute et d’attention à la différence. En travaillant ces questions, souvent mises de côté sous l’accusation imbécile de “bisounours” adressée à celles et ceux qui les travaillent, nous expérimentons qu’elles sont déterminantes pour affronter le chemin vers une société respirable, à tous les sens du terme. Elles ont coloré fortement l’esprit de notre démarche. Notre archipel en a pris un soin tout particulier par un groupe-projet, une « pirogue » spécialement orientée sur leurs renforcements.


  • Ensuite, nous avons aussi été très attentifs à prendre du temps pour que les îles se rencontrent et écoutent les histoires et les raisons d’être les unes des autres, toutes respectables, et précieuses dès lors qu’on s’est reconnu capables de certains accomplissements en commun. Ce temps permet de se nourrir de nos différences, tout autant que de nos volontés d’agir ensemble, car l’archipel est, non seulement la mise en pratique d’un modèle d’organisation, mais aussi une construction vivante, un « bien-vivre en acte »..


  • Enfin, il nous faut regarder « les yeux dans les yeux » la question du pouvoir. Se rappeler sans cesse la nécessité de passer du “pouvoir sur” au “pouvoir de”, et goûter la puissance commune que nous donne la coopération, pratiquée avec les attitudes rappelées précédemment.

Mais il reste évident que la tentation de voir
Pour prendre une formule couramment entendue depuis plusieurs mois, nous nous sommes engagés dans le « monde d’après » sans attendre que « le monde d’avant » ait bougé, mais en pratiquant très sérieusement les trois éléments déterminants du passage de l’un à l’autre indiqués ci-dessus. 

 


L’Archipel est un partie de l’Océan.
Les îles qui composent se retrouvent au bord du Lagon, bien commun de toutes.
L’assemblée du Lagon impulse et valide la création de pirogues pour les projets, d’un voilier-atelier pour l’animation et la coordination, d’une entité-support pour les moyens.

Peu à peu, se construit un Commun partagé …




*représentation en cercles concentriques comme les “doughnut economics” développés par l’économiste d’Oxford Kate Raworth.

La montée des sentiments d’angoisse et d’impuissance, le spectacle souvent navrant donné par la gestion politique des défis colossaux qui sont devant nous a pour effet d’absolutiser les croyances et, comme le dit Cynthia Fleury, les ressentiments.
Dès lors, l’ensemble social et culturel que l’on a appelé  » les créatifs culturels » dans les années 2000, qui ne se reconnait plus dans la société productiviste et cherche à vivre dès maintenant cette rupture, est lui-même profondément fracturé. Or c’est cet ensemble qui permettait jusqu’à présent d’éviter un choc de plus en plus brutal entre « modernistes » et « traditionalistes », les premiers étant tentés par le transhumanisme comme perspective ultime de la fascination technologique et les seconds par une sacralisation de la Terre et du Vivant souvent accompagnés d’une posture quasi misanthropique
( cf. le titre célèbre : l’humanité va disparaître, Bon débarras!).
Dans une telle confrontation le Convivialisme et le Bien Vivre, comme Visions, l’approche archipélique au sens de Glissant comme modalité d’organisation et de coopération ont eu le mérite de donner aux « créatifs culturels » un socle qui leur a permis de commencer à transformer un ensemble sociologique flou en un acteur civique planétaire et capable de rayonner en dépassant les contradictions que nous avons vues dans les forums sociaux mondiaux entre espace et mouvement, entre horizontalité et verticalité.

L’Archipel citoyen Osons les Jours Heureux contribue à ce projet. C’est, en France, un groupe de personnes engagées de la société civique, qui veulent favoriser ce nouveau type de coopération entre organisations, respectueuse de l’histoire et de la culture de chacune pour leur permettre d’agir au long cours afin de construire une société plus écologique, plus démocratique et plus solidaire.
Conscientes que leur diversité est une richesse mais aussi une faiblesse, des associations ont ainsi décidé de se réunir pour concevoir et expérimenter un nouveau modèle de gouvernance avec comme objectif, non pas de construire ni d’imposer une méta structure de plus, mais de soutenir les actions portées par ses membres, et de créer des synergies autour de projets communs pour pallier à la dispersion des moyens et à l’éparpillement des ressources.
Chaque membre est une île de l’archipel, avec ses caractéristiques propres, son identité racine. Elle est en relation avec le monde qui l’entoure (le Tout-Monde écrit Glissant) et en premier lieu les îles proches, ou celles qu’elle a choisies.
L’archipel a donc des objectifs politiques, mais n’entre pas dans l’action politique au sens partidaire ni électoral du terme. L’analyse des crises actuelles qui y est partagée, met l’accent sur le lien très fort entre Transformation personnelle, Transformation collective et Transformation Sociale (TP/TC/TS), concrétisant un changement du rapport au pouvoir.
Ce sont les îles (les membre de l’archipel) qui agissent et, en cultivant les liens qui constituent leur identité-relation. Celles-ci vont sans doute être amenées à réexaminer de temps à autre leur identité-racine et, éventuellement, à la faire évoluer.
L’application de l’intelligence collective pour un « Bien vivre en actes » est l’objectif concret de larchipel.
Osons les jours heureux s’est inspiré de la pensée du poète, écrivain et homme politique martiniquais Edouard Glissant qui a développé la métaphore de l’archipel.


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