Au sein de l’Archipel “Osons les Jours Heureux” nous avons tenté de rendre plus lisible entre nous le mode de coopération et de gouvernance en Archipel en employant plusieurs termes renvoyant à l’environnement ou l’imaginaire d’un archipel : îles, océan, lagon, pirogues…

Cette décision n’a pas été prise par amusement ou pour simplement rebaptiser une terminologie plus classique : tous ces termes favorisent, selon nous, une organisation en Archipel en renvoyant mentalement à leur portée symbolique et métaphorique.

Les représentants de chaque “île” se réunissent périodiquement dans une ’Assemblée du Lagon”.

Ainsi, métaphoriquement, cette assemblée ne se réunit pas dans les hauteurs, ni ne surplombe les îles. Les représentant se retrouvent autour du lagon situé au niveau de l’océan, exprimant ainsi ainsi la volonté d’horizontalité dans la prise de décision, chaque représentant des îles étant au même niveau, celui de l’océan, donc le niveau le plus bas de toutes les îles de l’archipel.
Cette assemblée n’a pas besoin de se réunir dans un siège prestigieux ou une construction affirmant son pouvoir : le sable lui suffit.

Le lagon n’est pas la propriété de l’une ou l’autre des îles, ce qui présenterait le risque – même inconscient – d’affirmer la domination de cette île sur les autres.
Par ailleurs lagon n’est pas un lac coupé de l’océan : il communique avec lui par un chenal ou une passe. Les décisions prises ne doivent pas ignorer l’océan, c’est-à-dire le monde au-delà de l’archipel : l’eau de l’océan est aussi celle du lagon.

Enfin, le lagon n’est pas situé sur une île, qui serait dès lors tentée par se l’approprier, quelquefois même sans intention préconçue : il est l’un des éléments du Commun co-construit par l’archipel.

Les rivages, donc les frontières naturelles des îles d’un archipel, sont toutes baignées par une mer (les Cyclades en Mer Egée, les 180 000 îles de l’archipel finnois Saaristomeri en mer Baltique…) ou, si celle-ci est très vaste, par un océan (les Açores, les Galapagos …).

Mer ou océan “relient” donc les îles d’un Archipel, en sont un élément commun, puissant facteur de reliance et d’identité culturelles et économiques entre les îles.
Le mot “archipel” vient par ailleurs de l’italien arcipelago, issu du grec ancien Aigaíôn pélagos, c’est-à-dire “la mer Égée”, mer qui composait le monde des grecs anciens.
Ayant la caractéristique d’être parsemée d’îles, le nom propre est devenu nom commun. Pelagos représente donc l’Océan et l’Archipel peut être vu comme une grande étendue de mer, le même océan dans lequel baignent toutes ses îles.

Dans la symbolique métaphorique d’une organisation en Archipel, l’Océan représentera donc ce qui unit les îles, mais aussi ce qui les relie malgré leur absence de frontière terrestre.

Il y a aussi de la vie et du mouvement, une histoire dans l’Océan, dont l’oubli dans nos cartographies mêmes est assez révélatrice de l’anthropocentrisme de nos sociétés. 
Pourtant les photos prises de l’espace nous montrent une immensité de mers et de terres sur notre planète sont elles-même un archipel-monde baignées en réalité par un seul océan comme le montre avec évidence la représentation de la Terre selon une projection de Fuller :

Une autre projection, dite de Spilhaus, nous montre une cartographie du Monde orientée Océan.

Les régions marines y sont représentées au centre du monde. Une immense mer intérieure (un peu plus de 70% de la surface de la Terre) apparaît sous nos yeux. Rappelons tout de même que l’Océan mondial génère plus de 60% des services écosystémiques qui nous permettent de vivre, à commencer par la production de la majeure partie de l’oxygène que nous respirons. Cette carte est ainsi toute symbolique de l’importance des mers.

A noter que le drapeau des Nations-Unies représente lui aussi une sorte d’archipel planétaire … mais l’inverse d’une projection de Spilhaus où l’Antarctique est au centre, la version onusienne oublie étonnamment ce sixième continent une fois et demi grand comme l’Europe, et pièce maîtresse du climat mondial !

Dans une pirogue n’embarquent non une ou deux personnes (ce n’est ni un canoë, un kayak ou un pédalo !) mais un groupe restreint (par exemple de 5 à 15 équipiers) réunis pour un objectif commun.

L’équipage détermine le trajet qui sera suivi par la pirogue, les modalités de son organisation, la répartition des postes ainsi que les moyens et les vivres nécessaires à la mission.
Une pirogue n’est ni conçue ni construite pour un voyage au long cours mais pour une navigation de courte durée, ayant un objectif précis. Une fois la pirogue revenue à terre, l’équipage constitué pour sa mission n’a pas vocation à perdurer.

Enfin les équipiers doivent absolument s’entendre entre-eux pour avancer avec efficacité. Et s’ils viennent d’îles différentes, ils auront au terme de la navigation appris à travailler ensemble, de façon harmonieuse et efficace.

L’analogie avec un groupe-projet est éclairante !

Le voilier-atelier est une instance opérationnelle et au service de la communauté dont les missions sont fixées par l’assemblée du Lagon.

Ce n’est pas une île, ni une entité créée par une île ou un groupe d’îles : il est une création collective de l’Archipel.
Il se comporte donc comme un voilier qui naviguerait au sein de l’Archipel, sans port ni île d’attache, mais au service de l’Archipel. Un voilier dont les caps et les missions seraient fixées de façon collective par l’assemblée du Lagon (qui en donc en quelque sorte son “armateur”) mais pas par l’équipage (les “timoniers”), chargés du bon déroulement de ses missions.

Mais ce voilier est aussi un atelier car il peut disposer de moyens, d’un “outillage” commun au service de toutes les îles.

Celles-ci, au sein d’un même archipel, peuvent être dissemblables mais chacune à ses spécificités, son histoire, ses coutumes et ses dialectes : c’est leur identité-racine. Et toutes développent aussi de multiples échanges (familiaux, commerciaux, politiques) avec les autres îles : c’est leur identité-relation.

De même dans un collectif d’organisation, chaque entité qui le compose à une histoire, des particularités qui fondent son identité-racine. Et chacun établit des relations, plus ou moins étroites et denses avec les autres. 

Une organisation en Archipel, tout en respectant les identités-racines de chacune des entités (= îles) qui le compose, va constituer un environnement favorable aux développement des relations non seulement des îles de l’Archipel entre elles mais aussi des îles vers d’autres entités extérieures à l’Archipel.


L’Archipel est un partie de l’Océan.
Les îles qui composent se retrouvent au bord du Lagon, bien commun de toutes.
L’assemblée du Lagon impulse et valide la création de pirogues pour les projets, d’un voilier-atelier pour l’animation et la coordination, d’une entité-support pour les moyens.

Peu à peu, se construit un Commun partagé …




*représentation en cercles concentriques comme les “doughnut economics” développés par l’économiste d’Oxford Kate Raworth.