Faire gagner les forces de vie !

Patrick Viveret

A regarder ailleurs pendant que sa propre maison terrienne est en train de brûler, notre communauté humaine ressent de plus en plus les effets destructeurs de sa propre irresponsabilité.

Au lancement de leur agenda 2020-2030, les Nations Unies ont annoncé que nous entrons dans une décennie critique. Une décennie dont il n’est pas exagéré d’affirmer qu’en dépend le devenir et la Vie même de notre humanité.
C’est vrai de la Vie biologique menacée par un écocide : dérèglement climatique, destruction de la biodiversité, pollutions affectant des biens aussi vitaux que l’air, l’eau, la terre, pandémies mortelles, mais aussi des risques liés au nucléaire civil ou militaire, aux actes terroristes et aux guerres induites par l’accroissement des inégalités mondiales.
Mais c’est vrai aussi d’une menace dont nous avons moins conscience, celle d’un hiver nucléaire accidentel résultant de l’automatisation d’armes de destruction massives pouvant nous plonger dans l’enfer si, dans ce domaine aussi, nous prolongeons notre inconscience.

Ces exemples nous alertent à la fois sur l’ampleur d’une possible tragédie pour l’humanité mais aussi sur les moyens de choisir la voie de la Vie plutôt que celle d’impasses mortifères. C’est bien parce que certains ont mis leur intelligence au service de la destruction, plus qu’au service de notre capacité à vivre en paix, que nous sommes aujourd’hui menacés par l’anéantissement de notre habitat terrestre.

Comme le dit notre ami Edgar Morin, nous sommes plus des « homo sapiens-démens » que des « homo-sapiens-sapiens », dont l’intelligence oscille entre la folie et cette sagesse qui nous est désormais indispensable pour faire face aux défis colossaux immédiats.

Pour une décennie du sursaut

Pourtant, ce qui peut nous conduire à l’abîme peut aussi nous mettre sur le chemin de l’espérance. Car si nous devenions pour de bon des sapiens-sapiens, si nous étions capables de mettre notre intelligence mentale au service de cette intelligence du cœur qu’est la sagesse, alors cette décennie aujourd’hui si mal engagée pourrait devenir au contraire celle du sursaut, celle de l’ouverture d’une nouvelle période de l’histoire humaine.

Une nouvelle ère engagée non plus seulement dans le long processus biologique de l’hominisation mais dans le chemin politique, éthique, spirituel, de sa pleine humanisation. Ce défi-là est à notre portée si nous savons opérer le même changement de posture et de regard qui est celui des terriens qui deviennent astronautes. Ils comprennent, lorsqu’ils voient notre terre vue de l’espace, à quel point une autre voie est possible : celle qui associe l’émerveillement devant la beauté de notre planète bleue, la conscience de notre fragilité et l’exigence de notre responsabilité. Alors, comme le dit l’un d’entre eux, si auparavant nous regardions notre seul pays, très vite c’est la terre dans sa globalité et ce peuple de la terre dans son ensemble qui nous deviendraient chers.
Avons-nous besoin d’aller dans l’espace pour comprendre la nécessité de ce changement de posture ? Évidemment non. Chacun de nous peut le comprendre à condition d’ouvrir les yeux et de faire vivre cet esprit de fraternité qu’évoque la Déclaration Universelle des droits humains. Mais pour allier l’exigence de justice sociale, celle de la responsabilité écologique à celle des droits humains, il nous faut opérer une transformation par rapport à notre Vision dominante de l’économie et de la politique.

  • Pour l’économie il nous faut repartir des richesses réelles de ce qui compte, de ce qui nous permet de vivre pleinement et faire en sorte que ce que nous appelons la monnaie fiduciaire soit un moyen au service de la vie et non l’outil de sa destruction.
  • Et pour la politique il nous faut comprendre que l’art de vivre en paix dans la cité, mais cette fois la cité de la terre, est notre enjeu le plus essentiel. C’est à cette condition que nous serons capables de conjuguer responsabilité écologique, justice sociale, promotion des droits humains et la liberté qui leur est associée.

C’est à un nouvel humanisme revisité par les principes du convivialisme et l’exigence écologique du respect du Vivant qu’il nous faut désormais œuvrer.

La responsabilité du peuple français

En quoi notre propre peuple, le peuple français, peut-il contribuer à réussir dans cette voie ? En choisissant d’abord de se situer pleinement dans cette perspective radicale d’humanité que nous venons d’évoquer. Nous sommes l’un de ces peuples de la Terre et nous ne nous sauverons pas seuls si, par malheur, notre humanité venait à disparaître ou à s’abîmer dans d’immenses régressions. Nous ne nous sauverons pas seuls en nous repliant sur nous-mêmes, en fermant nos frontières. Ce qui est requis par les défis de l’heure, c’est une France exemplaire sur la triple exigence écologique, solidaire et démocratique, une France qui propose à l’Europe de s’engager pleinement au service d’une grande alliance pour la Vie et les droits humains. C’est cette France-là qui doit se placer au cœur des changements économiques et politiques, mais aussi éducatifs et culturels dont nous avons besoin.

C’est par rapport à cette exigence de justice sociale, de responsabilité écologique, d’approfondissement de la démocratie et des droits humains, que les acteurs qui la portent naturellement doivent se rassembler et réussir cette grande Transition, tant dans nos villes que dans nos régions en 2021 et dans notre grand débat national en 2022.

Nous ne pouvons plus nous permettre cette rivalité dévastatrice qui a conduit à l’échec les familles politiques qui se réclament de l’exigence écologique, de la justice sociale et des droits humains. Nous avons besoin de nous rassembler sans nier nos différences et même nos divergences. Nous avons besoin de construire une proposition pour nos concitoyennes et nos concitoyens qui conjugue le respect de ces différences et la construction d’une réponse commune. C’est le vrai sens d’un « Archipel », qui ne se réduit pas à la fragmentation de ses îles mais construit un espace commun qui refuse la domination de quiconque, qu’il soit puissance d’argent, de domination politique ou de dogme religieux.

C’est pour réussir cet archipel que la palette de couleurs d’associations, de syndicats, d’entreprises, d’organisations politiques, de recherches intellectuelles, de transformations éducatives et culturelles… doit rayonner lors des grands débats publics à venir et porter une grande alliance au service de la Vie.

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