« Rien n’est Vrai, tout est Vivant [...] Un dictionnaire est un archipel de mots. »

Edouard Glissant

« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde »

Albert Camus

Géographiquement, un archipel est un ensemble d’îles, souvent très diverses, mais toutes situées dans une zone spatiale, climatique et économique similaire.

Par analogie, on nommera “archipel” un ensemble d’organisations, souvent très diverses, mais ayant toutes la volonté de développer une raison d’être commune.


La notion de buen vivir, reformulée ces dernières années par des auteurs boliviens et équatoriens, exprime des règles de vie simple en société dont pourraient s’inspirer les acteurs de tous pays qui souhaitent accéder à un mode de vie compatible avec la continuation de la vie humaine sur terre.
Les éléments principaux en sont la frugalité, la convivialité, le soin, l’ouverture au “plus grand que soi”.
Des principes de philosophie politique du buen vivir ont été aussi proposés par Pablo Solon, auteur et homme politique bolivien :

a) Appréhender le « tout », le cosmos en devenir permanent
b) Vivre les multiples polarités
c) Rechercher l’équilibre entre éléments opposés.
d) Reconnaître la différence et l’accueillir
e) Supprimer toute trace de colonisation, passée et présente
f) Surmonter l’étatisme
g) Renforcer le local et la communauté
h) Considérer la nature comme un être, avec des droits
i) Se nourrir de la diversité culturelle
j) Sortir du patriarcat
k) Concevoir une vraie démocratie
l) Construire un mouvement civil mondial

 Voir « Alternativas sistemicas » 2017, en espagnol

Le “Centre” représente l’endroit du Cercle où se constituent les éléments et valeurs communes à ses participants.
Il est dit “vide” si le Cercle initial n’y pose aucune valeur, aucun élément avant de commencer à travailler. Il pourra être rempli par la suite au fur et à mesure que seront constatées des valeurs communes.

Le fonctionnement en cercle autour d’un centre permet :1) de proposer une alternative au mode de gouvernance pyramidal classique,
2) de favoriser des processus démocratiques où l’initiative et le pouvoir se distribuent de manière équitable,
3) de favoriser la coopération et la collaboration plutôt que la compétition,
4) de favoriser l’écoute, le dialogue et la créativité,
5) de “parler à l’énergie du centre”, sous-entendu du groupe, pour éviter le ping-pong vocal
6) de co-construire des décisions et des projets grâce à l’intelligence collective.

En général, dans la collaboration, les personnes vont se mettre ensemble pour atteindre un but, éventuellement selon une méthode définie par une autorité, interne ou externe au groupe.

On est dans la coopération dès qu’une liberté est donnée – ou revendiquée – dans la définition de l’objectif ou de la méthode pour l’atteindre.

Selon la définition établie par Elinor Ostrom, ce qu’on entend par un “Commun”, est un faisceau de droits constitué autour d’une ressource commune (donc un bien commun), d’une communauté d’usage déterminée, dont les membres décident et gèrent eux-même la gouvernance, dans le but d’assurer la pérennité de la ressource.

Cette notion, qui ne dispose pour le moment d’aucun cadre législatif officiel, s’intercale entre propriété privée et service public, en les nuançant.
Il ne faut pas confondre le “Commun” qui est une notion de droit bien définie avec :

  • “un bien commun”, une ressource dont l’accès peut être équitablement partagé entre les membres d’une communauté ayant un intérêt commun à son existence,
  • et “le bien commun” (l’intérêt général), une vision politique ou morale assez mal définie, censée constituer le fondement de toute organisation sociale ou politique en tant que communauté.


Un compagnon, dans la langue d’usage, c’est “celui qui vit habituellement avec quelqu’un”. Plus généralement il désigne des personnes qui partagent une même activité, un même intérêt, un même idéal. Très concrètement, on peut rapprocher l’idée de compadre, « qui partagent le pain ».
On voit dans le compagnonnage un moyen unique de transmettre des savoirs et savoir-faire.
Dans l’imagerie archipélique, un compagnon de l’Archipel accompagne les identités-relation des îles dans leur développement, et, même s’il participe à des îles ou à des archipels, il n’est mandaté par aucune en particulier. Il situe son “appartenance” à l’Océan. Il a une vocation de “butineur-relieur”.

Le consensus caractérise l’existence parmi les membres d’un groupe d’un accord général (tacite ou manifeste), positif et unanime pouvant permettre de prendre une décision ou d’agir ensemble sans vote préalable ou délibération particulière.

Bien qu’à l’origine le consensus désigne un accord positif et unanime (donc tendant à l’unanimité), l’usage récent a consacré un sens un peu différent, le consensus entérinant la reconnaissance qu’une opinion ou un sentiment est largement partagé :

– soit parce qu’une forte majorité penche en faveur d’une position donnée, et qu’un vote majoritaire ne s’impose pas,

– soit parce que cette reconnaissance repose sur le constat de l’absence d’une opposition réelle ou sérieuse.

Le consentement est l’obtention d’un accord de tous, non par accord positif de chacun (c’est-à-dire par unanimité ou par consensus) mais par acceptation de ne pas s’opposer à l’issue d’un processus d’examen des objections valides éventuelles.

En résumé, on peut dire qu’“il y a consensus si tout le monde dit ‘oui’, consentement si personne ne dit ‘non’”.

Le consentement évite ainsi de tomber dans le schéma binaire du pour ou du contre, qui aiguise les hostilités. En outre, le consentement évite de dégrader la qualité de l’accord final en autorisant les personnes en présence à exprimer une certaine neutralité sur le sujet, n’étant plus obligés de se positionner uniquement dans un sens ou bien dans son opposé.

L’Université du Nous propose les définitions suivantes :

“Là où, pour agir, le consensus exige que tous les participants à une décision soient [amenés à être unanimes], le consentement se contente du fait qu’aucun membre n’y oppose d’objection raisonnable. Une objection est jugée raisonnable si elle bonifie la proposition à l’étude ou l’élimine complètement. L’objection n’est plus synonyme d’obstruction mais d’identification de limites, de tolérances qui deviennent les conditions de réalisation de la proposition. Le processus permet de faciliter l’identification de ces conditions et la mise en pratique des décisions.”

Le concept de “créolisation” vient du principe que chaque individu, organisation n’est pas inexorablement fixé dans une identité propre et inébranlable. 
“Nous ne sommes que rencontre”, chacune nous détermine sans que nous puissions en imaginer les conséquences à l’avance.

Edouard Glissant, créateur du concept, précise que créolisation n’est pas métissage, mais victoire sur la peur de la rencontre et de ses conséquences, qui ouvre à l’inattendu et au partage, multiplie puissance et connaissance : “ je peux changer en échangeant avec l’autre, sans me perdre et me dénaturer ”.

Entité dont la mission est d’assurer certaines fonctions dites “support” pour le compte d’un collectif de plusieurs organisations telles la gestion de ressources matérielles ou financières, l’acquisition de biens en commun ou le partage de services.

Cette mission est déléguée par le collectif dans le cadre d’un mandat explicite.

L’identité, selon Edouard Glissant, est le résultat d’un processus d’individuation et de reconnaissance du soi assumé, un sujet construit en négociation entre ce que la personne souhaite être et ce que le collectif voit en elle.

Dans une organisation en Archipel, une identité-racine est l’expression d’une île, elle est donc aussi une culture partagée qui peut caractériser un groupe, un territoire, une organisation… 

Selon Edouard Glissant lui-même (avec toute la beauté de sa langue) (L’identité-racine) :

– est liée, non pas à une création du monde, mais au vécu conscient et contradictoire des contacts de culture ;

– est lointainement fondée dans une vision, un mythe, de la création du monde ;

– est sanctifiée par la violence cachée d’une filiation qui découle avec rigueur de cet épisode fondateur ;

– est ratifiée par la prétention à la légitimité, qui permet à une communauté de proclamer son droit à la possession d’une terre, laquelle devient ainsi, territoire ;

– est préservée, par la projection sur d’autres territoires qu’il devient légitime de conquérir – et par le projet d’un savoir.

L’identité-racine a donc ensouché la pensée de soi et du territoire, mobilisé la pensée de l’autre et du voyage.

Une identité relation est créée lors d’une rencontre entendue comme un voyage dans lequel on sait qu’on sera modifié. La notion comprend donc l’idée d’assumer les changements de notre identité dans l’échange et celle de construction de la relation. 

C’est donc l’identité du nous et dans l’altérité. Elle n’est pas uniquement mon identité mais celle qui se crée à partir de ce que nous sommes ensemble dans l’esprit du mot ubuntu signifiant “nous sommes ce que nous sommes grâce à ce que nous sommes ensemble.”

Selon Edouard Glissant, “(L’identité-relation) :

– est liée, non pas à une création du monde, mais au vécu conscient et contradictoire des contacts de culture ;

– est donnée dans la trame chaotique de la Relation et non pas dans la violence cachée de la filiation ;

– elle ne conçoit aucune légitimité comme garante de son droit mais circule dans une étendue nouvelle ;

– ne se représente pas une terre comme un territoire, d’où on projette vers d’autres territoires, mais comme un lieu où on « donne-avec » en place de « com-prendre »

L’identité-relation exulte la pensée de l’errance et de la totalité.”

> Voir rhizome

Instance créé par une communauté d’organismes composées des représentants de tous ces organismes pour débattre, décider et conduire la politique et la stratégie de la communauté (par exemple une assemblée générale, un conseil communautaire, etc.).

Dans la démarche archipélique, cette instance est horizontale et non surplombante. Son pouvoir d’agir, de service et de création est non appropriable et les décisions sont prises prioritairement par consentement.

Instance chargée d’assurer l’exécution de la politique définie par une communauté (par exemple un secrétariat général, un comité exécutif, etc).

Dans la démarche archipélique, ce groupe agit dans le cadre d’un mandat explicite de l’instance communautaire. Il est chargé de mettre en œuvre la feuille de route fixée par cette instance et lui en rend compte régulièrement.

Au contraire de la mondialisation et de la globalisation qui désignent les formes modernes de fonctionnement du monde mis en place par le système ultra-libéral où la finance prédomine, la mondialité est “cet état de mise en présence des cultures vécu dans le respect de la diversité”. La notion désigne donc un enrichissement intellectuel, spirituel et sensible en opposition à l’appauvrissement dû à une uniformisation.

Partage de biens, de moyens ou de services entre individus ou groupe d’individus

Partage de biens, de moyens ou de services entre individus ou groupe d’individus.

Dans la fabrication du commun, la collecte de connaissance, il ne suffit pas de juste “partager”, de stocker dans un coin sans prendre soin que tout le monde aura les moyens d’accéder à l’information, et de la comprendre telle qu’elle a été écrite, diffusée.
Le partage sincère est le mot mis sur cette démarche d’interopérabilité, de langage commun, qu’on retrouvera dans les communs numériques dans l’idée de web sémantique *

Dans la fabrication du commun, la collecte de connaissance, il ne suffit pas de juste “partager”, de stocker dans un coin sans prendre soin que tout le monde aura les moyens d’accéder à l’information et de la comprendre telle qu’elle a été écrite, diffusée.
Le partage sincère est le mot mis sur cette démarche d’interopérabilité, de langage commun, qu’on retrouvera dans les communs numériques dans l’idée de web sémantique.

Une pirogue est un type d’embarcation longue et étroite, souvent fait d’un seul tronc d’arbre creusé (monoxyle), mue à la voile ou à la pagaie, parfois équipée de balancier, utilisé en mer ou sur les lacs et rivières.
Elle suppose de la part des équipiers une coordination et une définition simple et précise de chaque rôle coopératif.

Par analogie, dans l’imagerie archipélique, une pirogue symbolise un projet commun dans lequel vont embarquer des membres d’îles ou d’archipels, mandatés ou non. La gouvernance, le niveau d’exigence liés à ce projet seront fixés par la communauté d’usage ainsi formée, constituant, de fait un Commun au sens propre du terme.

Pour une organisation, la raison d’être est ce qui justifie l’existence de cette dernière, autrement dit ce qui manquerait à la société (du local au global) si cette organisation n’existait pas.

Le rhizome est la tige souterraine et parfois subaquatique remplie de réserve alimentaire de certaines plantes vivaces.
La théorie du rhizome — développée par Gilles Deleuze et Félix Guattari — décrit une structure évoluant en permanence, dans toutes les directions horizontales, dénuée de niveaux, s’opposant à la hiérarchie en pyramide.

En biologie, la symbiose est association durable et réciproquement profitable entre deux organismes appartenant à des espèces différentes.

Par exemple les lichens sont des organismes qui résultent d’une symbiose entre une algue et un champignon, lesquels ne peuvent vivre l’un sans l’autre.

La réciprocité de la profitabilité implique le respect de la pérennité de la relation, ce qui préfigure la notion de « commun du vivant ».

Phénomène par lequel plusieurs facteurs agissant en commun ensemble créent un effet global, un “effet synergique” distinct de ce qui aurait pu se produire s’ils avaient opéré isolément que ce soit chacun de son côté ou tous réunis mais œuvrant indépendamment. Il y a donc dans la synergie l’idée d’une coopération créative.

Dans la terminologie maritime, le timonier sera le “marin qui tient le timon”, c’est-à-dire la barre du gouvernail, il s’occupe donc de maintenir la direction du navire fixée par le commandement.

Dans une organisation archipélique, les timoniers sont des personnes embarquées sur le voilier-atelier, au service de l’ensemble de l’archipel. Ils n’en fixent ni la direction ni le but, mais s’assurent que la direction donnée par le Lagon est bien exécutée. Ils ont aussi comme préoccupation constante d’aider les îles à construire et à développer leur identité-relation.

Un tisserand est un artisan qui tisse des fils pour en faire des étoffes.

Dans une organisation archipélique, les tisserands sont des personnes assurant des liens, des “fils” entre leur île et le Lagon.

Le philosophe Abdennour Bidard définit les tisserands comme les acteurs des mille révolutions, souvent modestes, qui se déroulent à travers le monde dans tous les domaines de la vie humaine, travail, argent, santé, habitat, environnement. Avec un objectif commun : “réparer ensemble le tissu déchiré du monde”.

Lien : http://osonslesjoursheureux.net/

Cet acronyme désigne le lien indissociable entre ces trois niveaux de transformation.

L’appréhension du lien entre TP et TS a été posée de manière forte dès les premiers temps de l’altermondialisme pour souligner les freins au changement du monde que peuvent alimenter des personnes en souffrance.

Si on a pu dire au début qu’il n’y a pas de changement de société sans changement personnel, on sait désormais que ce dernier ne saurait occulter le “travail” de la société sur elle- même, c’est- à- dire l’action sociale et politique. A l’inverse, l’action collective peut être source de mouvements individuels profonds. Le plus souvent à travers la vie de groupes dont la “qualité de vie” est sujette à une grande attention.

Ces trois types de changement (ou de transformation) TP/TC/TS sont à mener simultanément : celui des comportements individuels, celui du mode de fonctionnement des organisations, et celui des politiques et des institutions.

http://plus.wikimonde.com/wiki/Interactions_Transformation_Personnelle_-_Transformation_Sociale

Les personnes se regroupent  dans différents  contextes ( association, coopérative, groupe militant, mouvement citoyens …) pour  répondre à des besoins non couverts ou mal couverts  ou à des enjeux politiques. Longtemps, la vie de ces groupes n’était pas une préoccupation essentielle de leurs membres.
Ce n’est plus le cas. “ Toute assemblée doit s’auto-examiner elle-même, doit surmonter à chaque instant le péril de la désintégration par sectarisme. C’est l’aventure de la vie, c’est l’auto-régénération du mouvement par lui-même. »
Il n’est plus accepté que les objectifs des collectifs et la prise en compte de leurs enjeux se fracassent sur des egos surdimensionnés ou des organisations insuffisantes.
Désormais de nombreuses méthodes ont émergé, articulant avec soin le respect du fonctionnement des personnes, le processus démocratique de prise de décision, la coopération et l’efficacité du chemin emprunté.

Elle s’appuie sur la prise de conscience de son rapport à soi, aux autres et à la nature  qui nous porte vers des causes sur lesquelles on décide de s’engager. 
Elle nous demande à travailler notre rapport au pouvoir ( le moins de pouvoir sur, et le plus de  pouvoir avec, possible) , à être vigilant sur nos modes de fonctionnement individuel et  relationnel (écoute empathique, gestion de l’émotion, capacités d’expression) à être attentif à notre comportement égotique, à notre  rapport de domination ou de soumission. La transformation personnelle ne se réduit donc  pas au seul “développement personnel” : chacun a la responsabilité de son propre chemin, de sa quête d’équilibre, de mieux être.
La dynamique TP aide à avancer dans ce processus mais ne s’y substitue pas.

Le Larousse définit le mot sociétal par “qui se rapporte aux divers aspects de la vie sociale des individus, en ce qu’ils constituent une société organisée”.

Au cours des années récentes, les deux notions de social et sociétal ont été de plus en plus distinguées : le “monde social” désigne les phénomènes issus de la fragmentation de la société en groupes et forces en tension entre elles, particulièrement sur le plan économique ; le “monde sociétal” adresse plutôt les questions éthiques et d’évolution de long terme (par exemple la PMA/GPA, enjeu du numérique…).
Dans la vision archipélique, cette distinction n’est pas essentielle. Le vocable TS désigne l’ensemble des formes de mouvements sociaux et économiques visant à l’émergence d’une société plus responsable, inclusive, durable et porteuse de sens dans laquelle une économie transformatrice, autre que l’économie néo-libérale, est « ré-encastrée » dans la vie sociale.

L’unanimité est l’accord complet et manifeste d’un groupe sur un sujet donné. Complet, car dans ce cas tous les membres s’expriment “pour” et aucun ne s’exprime “contre”, non plus “ni pour ni contre”. Aucun refuse de s’exprimer ou ne s’exprime pas.

Dans une organisation archipélique, le voilier-atelier est un instance opérationnelle, un groupe dont les membres sont désignés par le Lagon. 

Son rôle n’est pas d’assurer la direction stratégique, ni de “décider à place de”, mais d’assurer dans le cadre d’un mandat explicite plusieurs missions :

  • assurer l’animation et la coordination au sein de l’Archipel,
  • prendre soin de la qualité de la convivialité des relations et des échanges,
  • favoriser la reliance entre les îles,
  • accueillir les nouveaux participants,
  • être garant du respect de la charte,
  • organiser les assemblées du Lagon.

Il agit dans le cadre d’une feuille de route fixée par le Lagon dont il lui rend compte régulièrement.