Charte, valeurs, principes commun, organisation – Fin de Villarceaux II

Expérimentation Archipel Citoyen Osons Les Jours Heureux
Texte fondateur – Villarceaux – 30.11.2017

CHARTE

Notre raison d’être

« Pour bâtir ensemble et vivre dès maintenant des jours heureux, relions les acteurs de la transition écologique, sociale et démocratique. Faisons de la diversité et du foisonnement des initiatives une force citoyenne capable de résister au désordre établi, de bousculer et de dépasser un système destructeur grâce à nos propositions et nos actions. »

Contexte

Nous vivons l’une de ces périodes incertaines de l’Histoire, que nous ne voulons pas regarder demain avec une immense colère et d’infinis regrets en disant : c’était encore possible et nous n’avons rien fait ! Insoutenabilité environnementale, montée des inégalités (territoriales, sociales et économiques), stigmatisations et discriminations, crise du vivre ensemble… nous assistons un peu partout dans le monde à une progression inquiétante de replis identitaires et de logiques autoritaires, qui conduisent à une grande régression sociale, écologique et culturelle. Résister à cette dérive demande de concentrer toutes nos forces vives et nos intelligences dans la mise en œuvre de la Grande Transition.
En ce début du XXIe siècle, un effondrement de notre civilisation thermo-industrielle à courte échéance est dans le domaine du possible : autodestruction par épuisement des ressources, désunion face à la menace climatique, conflits guerriers incontrôlés, etc. Une nouvelle crise financière, encore plus dévastatrice que celle de 2008, peut aussi survenir. Elle serait révélatrice des cinq crises majeures auxquelles nous devons dès à présent faire face : crise économique, crise sociale, crise politique, crise environnementale, mais aussi crise du sens et de la reconnaissance, deux demandes fondamentales chez les êtres humains, auxquelles la compétition et le productivisme marchand ne peuvent répondre.
Ces nouveaux conflits dévastateurs sont provoqués par des inégalités plus criantes que jamais, par l’exclusion sociale et politique de pans entiers de l’humanité et par le développement d’idéologies mortifères, allant de l’idolâtrie financière à la xénophobie et à l’intégrisme religieux. Les gouvernements se montrent trop souvent impuissants ou complices face à ces dysfonctionnements inacceptables, souvent provoqués par l’attrait de la démesure. Cette attitude égoïste entraîne un tout petit nombre vers l’accumulation des biens matériels et des pouvoirs, alors qu’il faudrait valoriser la sobriété des comportements et un partage équitable des ressources.

Cette sobriété entrainera une baisse rapide et significative des émissions de gaz à effet de serre permettant à l’humanité de gagner une vingtaine d’années pour réussir son « chemin de décélération ». L’année 2020 est considérée par les scientifiques comme la date clef d’un possible emballement du dérèglement climatique, si nous n’avons pas entamé d’ici là des changements décisifs.
Face aux régressions sociale, écologique et démocratique, le laisser-faire n’est plus une option. Conscientes des périls, près de cinquante associations ont décidé de coopérer, inspirées par de multiples appels : Appel des Résistants aux jeunes générations lancé en 2004, appel de Serge Portelli lors d’un rassemblement organisé par l’association Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui au plateau des Glières en 2010, livre et propositions du mouvement #LesJoursHeureux, Manifeste convivialiste, appel d’Edgar Morin Changeons de Voie – Changeons de Vie, On continue ! d’Emmaüs, Le Chant des Colibris – L’appel du monde de demain du mouvement Colibris, Stop pauvreté d’ATD Quart Monde, appel de quinze mouvements sociaux intitulé Nos droits contre leurs privilèges, etc.
L’effondrement de notre civilisation n’est pas inéluctable. En dehors du jeu politique institué et du discours médiatique dominant, un autre monde se forme et bourgeonne de milliers d’initiatives. Un monde plus démocratique, soucieux du bien commun, des humains et de la nature dont ils font aussi partie. Un monde respectueux des équilibres naturels et de la qualité des liens que les humains tissent entre eux. Un monde conscient du besoin de justice sociale et de responsabilité écologique. Un monde qui veut en finir avec le néolibéralisme et la domination de la finance spéculative et de la corruption. Un monde qui refuse la monopolisation du pouvoir par une toute petite minorité d’ultra-riches ou d’ultra-violents. Un monde qui pose des limites au développement des technosciences (nanotechnologie, biotechnologie, numérique, sciences cognitives et intelligence artificielle, etc.) et qui refuse le transhumanisme.

Ce monde, qui se construit au-delà du Marché et de l’État, est celui de la société civique. Il se tient à l’écart des partis politiques, tout en intervenant dans le champ politique et en créant de l’espoir. Il se concrétise à travers d’innombrables solutions enthousiasmantes, qu’il est urgent de rendre pleinement visibles pour qu’elles suscitent d’autres initiatives innovantes. La multiplication de ces actions permettra, par un renouveau démocratique, l’avènement d’une société plus égalitaire, plus solidaire et plus conviviale. Ce qui manque encore à ce mouvement, qui émerge sur toute la planète, c’est la conscience de l’unité qui fait force.
L’Archipel Citoyen Osons Les Jours Heureux œuvre à ce regroupement décisif pour l’avenir.

Construisons ensemble cet Archipel Citoyen.
Dès maintenant.

Valeurs et principes communs

Pour que le processus d’appropriation citoyenne du politique se mette en marche, il est essentiel que celles et ceux qui sont déjà impliqués dans ce mouvement ou qui souhaitent le rejoindre se rassemblent autour d’un socle de valeurs communes. Ce socle de valeurs est une référence collective à promouvoir ensemble.

Nos valeurs communes

Toutes celles et ceux qui, jour après jour, inventent d’autres mondes, résistent au néolibéralisme et pratiquent « le changement que (nous voulons) voir dans le monde » sont animés par des valeurs communes. Ces valeurs, que nous souhaitons partager le plus largement possible, passent par des mots-clés : partage et équité, responsabilité et coopération, solidarité et dignité, respect et diversité, résistance et expérimentations, lucidité et sobriété, justice et paix, créativité et volonté. Ces valeurs sont portées par des récits, qui permettent de rappeler ce qui nous rassemble et qui est déterminant pour notre avenir. Aujourd’hui plus que jamais, nous faisons nôtre l’héritage du Conseil national de la résistance et appelons à construire des jours heureux. En ce sens, il importe de redonner du sens et du contenu à la devise de la République française : Liberté, Égalité, Fraternité.

Nos quatre grands principes

Les principes que nous partageons s’inspirent notamment de ceux qui sont décrits dans le Manifeste convivialiste.

  • Le principe de légitime individuation, ou encore d’accomplissement personnel, permet à chacun d’affirmer au mieux son individualité singulière, en développant sa puissance d’être et d’agir sans nuire à celle des autres. C’est un principe de liberté.
  • Le principe de commune socialité considère tous les êtres humains comme des êtres sociaux pour qui la plus grande richesse est celle des rapports qu’ils établissent entre eux. C’est un principe d’égalité.
  • Le principe de commune humanité interdit toutes les formes d’exclusion et de stigmatisation fondées sur les différences de couleur de peau, de nationalité, de religion ou de richesse, de sexe ou d’orientation sexuelle. C’est un principe de fraternité.
  • Le principe d’opposition maîtrisée et constructive affirme que l’objectif politique premier est de permettre aux êtres humains de vivre ensemble, de coopérer mais aussi d’être en désaccord, et de se donner sans se sacrifier. C’est un principe que l’on peut qualifier de républicain.

Tous les totalitarismes, les dictatures et les oligarchies, y compris celles de la finance, se sont opposés et s’opposent encore à ces quatre grands principes. Nous considérons qu’un État, un gouvernement ou une institution politique ne sont légitimes que s’ils les respectent.
Nous nous réclamons également d’une démarche qui s’inspire notamment de la Déclaration universelle des droits de l’Homme – adoptée le 10 décembre 1948 par 58 États membres – et nous nous engageons dans les Forums sociaux mondiaux et différents événements de dimension internationale.
Nous voulons contribuer à la construction d’une société qui ne soit pas aliénée à la croissance matérielle. L’émancipation individuelle et collective ne peut et ne doit plus reposer sur la démesure du PIB, de la richesse et du pouvoir, mais sur d’autres sources d’inspiration : engagement au service du bien commun, respect de la dignité de la personne, émancipation des femmes et de tous les êtres humains discriminés, volonté de coopération avec l’Autre, sobriété volontaire, respect de la nature.
La mutation vers une société du bien vivre est au cœur du projet de l’Archipel Citoyen Osons Les Jours Heureux. Cette Grande Transition écologique, sociale et démocratique n’appelle pas de militantisme sacrificiel. C’est au contraire le chemin le plus rapide vers un buen vivir, un bien vivre partagé avec le plus grand nombre, et cette transformation sociale suppose également une transformation personnelle.

Notre reliance

Tisser des liens au sein de la societe-civiqueAlliance des forces de la société civile qui œuvrent pour une Grande Transition écologique, sociale et démocratiqueEn savoir plus... est aujourd’hui impératif. C’est dans ces connexions entre les mouvements issus de la société civile que réside notre principale source d’espoir. Même s’il le désirait sincèrement, aucun gouvernement élu dans le monde ne disposerait aujourd’hui du pouvoir d’appliquer scrupuleusement les valeurs que nous défendons. Il se heurterait à l’oligarchie des détenteurs actuels des pouvoirs politique, administratif et économique. Le changement doit donc être porté par un très fort soulèvement citoyen, à l’échelle mondiale comme au niveau des territoires.
Comme « il est trop tard pour être pessimiste », il est de notre devoir de résister aux dérives d’un système insoutenable et inégalitaire, d’imaginer des sociétés justes et solidaires, et d’expérimenter de nouvelles activités et des pratiques innovantes qui préfigurent le vivre ensemble, le buen vivir et les jours heureux de demain.

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